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Un bas taux de cortisol le matin au réveil pourrait être un signe de schizophrénie

CONTENU EXCLUSIF CREAPHARMA.CH

Antidépresseur résuméTOWNSVILLE (AUSTRALIE)Des chercheurs australiens ont réussi à montrer que les patients souffrant de psychose comme la schizophrénie produisaient moins de cortisol (l’hormone du stress) le matin au réveil que des personnes sans ce trouble psychique. Creapharma a eu la chance d’interviewer le Prof. Zoltan Sarnyai de l’Université James Cook (JCU) qui a mené cette étude (lire ci-dessous). Selon le professeur australien, les médecins pourront être capables finalement d’identifier les personnes qui vont développer complètement une psychose comme la schizophrénie parmi ceux qui sont au stade initial de la maladie. Car il faut savoir que seulement 20 à 30% des personnes à haut risque de psychose, à cause de leur situation clinique ou de leur historique familial, vont véritablement développer la maladie. En 2011, l’OMS estimait que 0,3% des personnes souffriraient de schizophrénie dans le monde, mais dans certains pays industrialisés comme la France ce taux pourrait atteindre 1%.

Marqueurs peu utilisés en psychiatrie

Le Prof. Sarnyai reconnaît toutefois que les biomarqueurs restent très peu nombreux et utilisés en psychiatrie (lire aussi interview ci-dessous), mais que même si encore beaucoup de travail doit être fait, la mesure par exemple du taux de cortisol peut s’avérer une technique utile et valable.

Pour mener cette étude, les chercheurs du Laboratoire de Neuroscience et Psychiatrie de l’Institut Tropical de Santé et Médecine de l’Université James Cook (JCU) ont effectué une méta-analyse de 11 précédentes études publiées sur ce sujet incluant plus de 800 personnes. Une méta-analyse repose sur une démarche statistique en combinant plusieurs études, une sorte d’ “étude d’études”.

Niveau différent de cortisol au réveil

Les résultats de ce travail australien ont montré que les patients souffrant de psychose présentaient un niveau de cortisol après le réveil différent en comparaison avec des personnes saines. On parle aussi de Réponse au Réveil du Cortisol (Cortisol Awakening Response ou CAR) pour qualifier ce phénomène physiologique.

Le co-auteur de cette étude, le Dr Maximus Berger également de la JCU, relève que les scientifiques suspectaient depuis longtemps que le cortisol puisse jouer un rôle dans les psychoses, mais que jusqu’à présent les résultats ont été contradictoires.

“Nous avons été capable de montrer que des patients souffrant de psychose produisaient moins de cortisol au réveil et avons trouvé ces résultats même chez des patients avec une apparition récente de la maladie”, a affirmé le Dr Berger dans un communiqué de presse de cette étude.

Prévention possible

Cette publication a permis aussi d’identifier des preuves suggérant que les individus à haut risque développant par la suite la maladie présentaient déjà des changements dans le taux de cortisol avant qu’ils manifestent la maladie.

Autres maladies

Le Prof. Sarnyai relève qu’un taux de cortisol bas au réveil est aussi un signe d’autres maladies chroniques que la psychose, ce bas taux a aussi été mis en relation avec une inflammation systémique (généralisée) ainsi que des changements au niveau de la flore intestinale. Cela signifie qu’il y aurait aussi un potentiel de mesurer le taux de cortisol pour diagnostiquer ces autres maladies.

Cette étude a été publiée le 23 mai 2016 dans la revue spécialisée Neuroscience & Biobehavioral Reviews.

Interview exclusif

Creapharma a eu la chance d’interviewer le Prof. Sarnyai qui a mené cette étude afin d’avoir des compléments d’information sur ce travail de recherche très intéressant, voici son interview exclusif (traduit de l’anglais) :

Creapharma – M. le Prof. Sarnyai, la médecine s’oriente toujours plus vers des (bio)marqueurs, notamment en génétique pour identifier des risques potentiels de maladies comme le cancer du sein, mais en psychiatrie cette situation est beaucoup plus rare comme vous le mentionnez dans le communiqué de presse, pourquoi est-ce ainsi selon vous ?
Prof. Zoltan Sarnyai – Vous avez raison. Il y a très peu de biomarqueurs, voire aucun en psychiatrie. Ce n’est pas parce que les maladies psychiatriques sont moins “basées ou fondées biologiquement” que le cancer du sein. Dans le cas du cancer du sein on peut affirmer, il y a un cancer, puis savoir exactement de quel type de cancer il s’agit et comment il va répondre au traitement, sur la base d’informations génétiques et de marqueurs histologiques. En psychiatrie on peut dire avec un haut degré de certitude qu’il y a une maladie psychiatrique mais nous ne pouvons pas affirmer, avec une certitude absolue, de quel type de maladie psychiatrique il s’agit.

Dans le cas du cancer du sein, nous connaissons les mécanismes, les réactions chimiques et les molécules impliquées et nous pouvons faire une recherche. En conséquence, nous disposons de bons biomarqueurs. En cas de psychose/schizophrénie nous n’avons pas une compréhension détaillée du mécanisme de la maladie, nous ne connaissons pas les réactions chimiques (pathways en anglais) et les molécules impliquées, de ce fait nous ne pouvons pas vraiment développer des biomarqueurs facilement qui sont spécifiques à la psychose/schizophrénie et suffisamment sensibles pour faire la distinction entre un individu sain et une personne souffrant de psychose.

Dans le sang (sérum) ou la salive, que mesurez-vous exactement, est-ce le cortisol ou un métabolisme de cette hormone ?
Nous nous sommes basés dans notre méta-analyse sur des études mesurant le cortisol dans la salive. Une méthode facile à réaliser qui ne fait pas mal et peut être répétée autant de fois qu’on le veut. Puis une réaction immunologique peut être effectuée pour détecter le cortisol avec un haut degré de spécificité. Le cortisol dans la salive représente très bien le niveau de cortisol dans le sang. En fait, la plupart du cortisol dans le sang se trouve sous forme liée, c’est-à-dire que le cortisol est attaché à une grande protéine (cortisol binding globulin en anglais), ce qui fait que le cortisol est incapable de pénétrer la membrane cellulaire, de se lier à un récepteur et exercer son effet. Par contre, le cortisol dans la salive est libre, non lié à une protéine, de ce fait et dans un certain sens le niveau de cortisol dans la salive représente le niveau de cortisol qui est biologiquement actif dans l’organisme.

Le point important est que nous avons analysé des études dans lesquelles le cortisol était mesuré au niveau de la salive juste au moment du réveil puis une seconde fois 30 minutes plus tard. Normalement la 2ème mesure du cortisol (30 minutes après le réveil) est supérieure à la première. C’est ce qu’on appelle la réponse du cortisol au réveil (en anglais cortisol awakening response ou CAR). Cette réponse est présente normalement chez chacun d’entre nous. C’est une réponse hormonale de la même façon que le niveau d’ocytocine augmente chez la femme qui allaite. Ce phénomène devrait toujours se dérouler. S’il ne se déroule pas, ou n’est pas assez intense, c’est-à-dire que l’augmentation du taux de cortisol 30 minutes après le réveil est trop faible, alors on pourrait avoir un problème. C’est ce que nous avons identifié dans notre méta-analyse. Les personnes souffrant de psychose avaient une basse CAR, autrement dit leur niveau de cortisol augmentait peu après le réveil. D’autres études ont montré que cette augmentation matinale de sécrétion du cortisol est nécessaire pour préparer le corps et le cerveau pour faire face aux pressions et au stress de la journée à venir.

En fonction de vos résultats, est-ce que vous recommanderiez à ce que tout le monde mesure dans le futur son taux de cortisol ou seulement des personnes avec déjà des symptômes cliniques de psychose ou de cas de maladie dans la famille ?
Pour le moment, je suis un peu hésitant à recommander à tout le monde de faire cette mesure. Beaucoup plus de travaux de recherche sont encore nécessaires. Premièrement en utilisant des études longitudinales, ce qui signifie suivre le même groupe d’individus année après année et voir comme leur CAR est corrélé au développement et à la progression de la psychose. Dans cette méta-analyse nous avons prouvé qu’une basse CAR était présente chez des individus avec différentes étapes de psychose. Cela ne signifie pas encore que d’autres individus avec d’autres maladies psychiatriques ne peuvent pas avoir un taux anormal de la CAR. Nous ne le savons pas encore. C’est pourquoi pour le moment nous ne pouvons pas dire qu’une basse CAR puisse permettre de diagnostiquer la psychose. Des études longitudinales comment mentionnées ci-dessus  pourraient aider à comprendre si les individus qui sont à haut risque de développer une psychose et ont un taux anormal de la CAR sont plus à risque de développer une psychose. Encore une fois, c’est un aspect que nous ne savons pas encore.

Pensez-vous que ce manque de production de cortisol au réveil est la cause ou la conséquence de la schizophrénie ? Autrement dit, est-ce que la schizophrénie pourrait avoir une origine hormonale en tout cas chez certains patients ?
C’est une très bonne question. En fonction de notre étude, nous ne pouvons pas le dire. Le cortisol est à la fois un marqueur du stress dans l’organisme mais aussi une molécule très puissante qui influence profondément les fonctions cérébrales. Notre étude suggère qu’une basse réponse du cortisol au réveil (CAR) n’est pas provoquée par un traitement antipsychotique à long terme ou provenant de la nature chronique de la maladie, car cette basse CAR est présente dès les premiers épisodes psychotiques. Il est probable que cela ne soit pas les résultats de l’épisode psychotique, qui sans aucun doute est très stressant, parce que ce bas taux est encore présent chez des patients traités qui ne sont plus psychotiques.
tisane de fleurs d'oranger contre le stressIl y a une hypothèse qui met en cause le stress chronique, spécialement au début de la vie. Ce stress aurait une influence sur le développement du cerveau, la transmission nerveuse et pourrait aussi interagir avec des facteurs génétiques puis mener au développement de la maladie chez des adolescents et des jeunes adultes (début de la vingtaine). Il n’est pas complètement improbable qu’une basse CAR soit comme une “cicatrice” (scar en anglais) du système hormonal en réponse à des événements qui se sont déroulés plus tôt dans la vie, ou même avant la naissance.

Certaines théories récentes suggèrent que la schizophrénie (lire le dossier sur Creapharma.ch) et d’autres maladies psychiques comme la dépression pourraient avoir une origine inflammatoire, les scientifiques ont observé que chez environ 40% des patients souffrant de maladies psychiques comme la schizophrénie le taux de protéine C réactive et de cytokine étaient en concentration plus élevée que chez des personnes saines. Est-ce que ces observations ont un lien avec le bas taux de cortisol au réveil mentionné dans votre étude ?
Vous avez totalement raison. La composante inflammatoire peut être plutôt importante. En fait, il peut y avoir tout à fait un lien. De nouveau, nous ne savons pas encore si une inflammation chronique de bas niveau qui a été observée lors de schizophrénie influence l’activité du cortisol ou ces changements dans le niveau de cortisol influence le processus inflammatoire. Des polymorphismes génétiques qui agissent sur l’expression anormale de protéine C-réactive a été associée à une basse CAR dans une récente étude, ce qui rend le lien entre l’inflammation et la CAR encore plus important (voir étude ici).

Une autre étude récente analysant le lien entre la CAR et les marqueurs inflammatoires/immunologiques chez des patients répondant plus tard ou non aux traitements a trouvé que ceux ne répondant pas avaient un CAR inférieur et des niveaux d’IL-6 et d’IFN-γ (ndlr. signes inflammatoires) plus élevés que ceux répondant aux traitements. Cette étude montre que le cortisol et des biomarqueurs inflammatoires au début de la psychose peuvent être de possibles agents de prédiction de la réponse thérapeutique, tout comme des cibles potentielles dans le développement de nouveaux agents thérapeutiques (voir étude ici).

Lire l’interview original en anglais sur notre site Creapharma.com

Le 8 juin 2016. Interview réalisé par e-mail en anglais par Xavier Gruffat entre le 4 et 7 juin 2016 (envoi et réception des réponses). Le début de l’article se réfère à un communiqué de presse de l’étude. Article écrit par Xavier Gruffat (pharmacien, MBA). Sources : communiqué de presse de l’étude, résumé de l’étude publiée sur PubMed.
Photos: Fotolia.com (les photos sont d’illustration et ne caractérisent par les chercheurs ou l’université australienne mentionnée dans l’étude).

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Informations sur la rédaction de cet article et la date de la dernière modification: 21.05.2020