L'efficacité des médicaments pour arrêter de fumer diminue fortement avec le temps | Creapharma

L’efficacité des médicaments pour arrêter de fumer diminue fortement avec le temps

cancer du poumon définitionTEL AVIV – Une nouvelle étude de l’Université de Tel Aviv a montré que seulement 8 fumeurs sur 100 qui prennent des médicaments pour arrêter de fumer vont véritablement stopper leur consommation une année après le début de la prise. Les chercheurs estiment que ce faible taux de succès devrait amener les autorités à trouver de meilleures méthodes pour aider les fumeurs à arrêter et à empêcher les jeunes de commencer à fumer. Parmi les médicaments utilisés pour arrêter de fumer on compte le bupropion (Zyban®), la thérapie de remplacement de la nicotine (ex. patch) ou le varenicline (Chantix®/Champix®). Creapharma.ch a eu la chance d’interroger la chercheuse, Dr Rosen, qui a mené cette étude.


Question de durée

Fumer des cigarettes est la cause la plus fréquente de décès évitable dans le monde de nos jours. Le cancer du poumon est la principale cause de graves complications du tabagisme. Bien que les médicaments contre le tabac approuvés par des administrations sur les médicaments (ex. FDA aux Etats-Unis) se soient avérés efficaces dans des études contrôlées, la mesure dans laquelle ces bénéfices persistent au fil du temps était jusqu’alors restée floue. Autrement dit, ces médicaments agissent pendant quelques jours voire mois mais pas forcément après 12 mois ou plus. C’est à cette question que des chercheurs israéliens ont essayé de répondre.

Bas taux de succès, 8%

« À la fin de la première année de traitement, seulement 8 fumeurs sur 100 se seront abstenus de fumer en raison des médicaments contre le tabac », explique dans un communiqué de l’étude la Dr Laura J. Rosen de l’Université de Tel Aviv. La scientifique poursuit : « Cette étude est particulièrement importante en Israël, avec un taux de fumeurs des adultes de 22,5% qui ne diminue pas. » Par comparaison, aux États-Unis le tabagisme est passé de 20,6% de la population adulte en 2009 à 15,1% de la population en 2015. La Dr Rosen précise qu’en Israël les mesures pour arrêter de fumer sont limitées notamment aux médicaments antitabac et qu’il serait important de trouver d’autres thérapies plus efficaces. Toutefois, la Dr Rosen a expliqué à Creapharma.ch que pour le moment elle ne recommandait pas d’autres traitements que les médicaments pour arrêter de fumer notamment à cause de manque de données scientifiques. Elle a affirmé valoriser surtout la prévention.

Etude en détail

Les scientifiques ont effectué une méta-analyse pour combiner les résultats de 61 essais contrôlés randomisés impliquant 28’000 participants qui ont pris les médicaments de première intention approuvés par la FDA (autorité de contrôle des médicaments aux Etats-Unis), c’est-à-dire le bupropion (Zyban®), la thérapie de remplacement de la nicotine comme des patchs ou le varénicline (Chantix® / Champix®). Dans toutes les études, les participants ont été randomisés (attribués au hasard) soit à un groupe d’intervention, qui a reçu des médicaments de sevrage tabagique ou à un groupe témoin, qui n’a pas reçu de médicaments actifs. La plupart des études comportaient également une forme de conseil en plus du médicament.

Résultats

« Moins de 40% des personnes recevant les médicaments ont continué à s’abstenir de fumer après 3 mois, environ 25% avaient arrêté après 6 mois et environ un cinquième sont restées abstinentes après une année complète », explique la Dr Rosen. Elle complète : «Fait important, 12% de ceux qui n’ont pas reçu de médicaments actifs ont continué à s’abstenir de fumer après un an.» Après une adaptation mathématique pour justement considérer les personnes ayant arrêté de fumer avec un placebo, les chercheurs arrivent à un taux d’efficacité avec les médicaments de 8% après 12 mois de traitement.

Effet placebo ?


Interrogée par Creapharma.ch à propos d’un éventuel effet placebo des médicaments pour arrêter de fumer à cause des 12% des participants qui ont arrêté de fumer sans les médicaments, la Dr Rosen se montre prudente et pondère les résultats : « Je n’appellerais pas les 12% uniquement un effet placebo. Il y a 4 choses possibles (et peut-être plus) qui pourraient avoir affecté le taux d’abandon du tabac dans les groupes de contrôle. Tout d’abord, certaines personnes peuvent avoir arrêté sans aucune intervention pendant cette période. Deuxièmement, il y a un effet de participation au processus – la personne s’inscrit à un essai et est ensuite surveillée, ce qui peut avoir un effet. Troisièmement, il peut y avoir un effet placebo. Quatrièmement, dans presque tous les essais, une intervention comportementale / psychologique a été fournie aux participants à l’intervention et au contrôle.  »

Différences entre les traitements ?

Creapharma.ch a interrogé la Dr Rosen afin de savoir si les scientifiques avaient identifié des différences entre les médicaments pour arrêter de fumer, voici sa réponse : « Nous avons analysé toutes les données ensemble, et les données de chaque médicament séparément. Nous n’avons pas comparé directement les médicaments. Pour comparer les médicaments, il faudrait le faire avec une méta-analyse des études en “tête-à-tête” (head-to-head en anglais), et nous avons trouvé seulement quelques-uns d’entre eux. Donc nous ne l’avons pas fait. »

Un appel des autorités et médecins

Selon la Dr Rosen, cette étude diffère des méta-analyses précédentes car elle montre un succès relatif pour arrêter de fumer après 3, 6 et 12 mois et donc une baisse de l’efficacité des médicaments au fil du temps.

« Cette étude est un appel à se réveiller pour les décideurs partout dans le monde ainsi que pour les médecins qui traitent les fumeurs », conclut le Dr Rosen. Elle conclut son communiqué : «Nous devons faire beaucoup plus pour réduire l’usage du tabac et son énorme impact sur la population. Nous applaudissons les efforts actuels de la FDA pour développer des formes plus bénéfiques de nicotine médicinale pour les fumeurs qui veulent arrêter de fumer. Les autorités devraient tout faire pour empêcher les jeunes à fumer. La prévention à l’entrée du cycle de la toxicomanie est le meilleur traitement possible. »

Cette étude a été publiée le 29 janvier 2018 dans le journal scientifique Addiction (DOI: 10.1111/add.14134).

Le 1er février 2018. Sources : communiqué de presse de l’étude, interview réalisée par Xavier Gruffat par e-mail en anglais avec la Dr Rosen à la fin janvier 2018. Référence : Addiction (DOI: 10.1111/add.14134)
Crédits photos : Fotolia.com. Infographie : Creapharma.ch (Pharmanetis Sàrl)

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Informations sur la rédaction de cet article et la date de la dernière modification: 01.02.2018