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Cancer de la prostate à un stade initial, faut-il le traiter?

La musique en chirurgie : moins d'anxiété et de douleursOXFORDLe cancer de la prostate, exclusivement masculin, touche environ 1 homme sur 8. Ces dernières années, ce cancer a fait l’objet de nombreuses controverses entre médecins et scientifiques notamment à propos du test du PSA. Une nouvelle étude de l’Université d’Oxford rajoute de la complexité en montrant que le taux de survie à au moins 10 ans du cancer de la prostate chez des personnes diagnostiquées de façon précoce, avec un taux anormal du PSA, était de 99%. L’originalité de ce travail est que ce taux de survie était plus ou moins le même chez des patients traités par chirurgie (retrait de la prostate, appelé prostatectomie) ou radiothérapie en comparaison avec ceux n’ayant pas été traités mais néanmoins suivis médicalement. Autrement dit, la question se pose désormais s’il faut ou non traiter un patient souffrant d’un stade initial du cancer de la prostate. 

Etude en détail

Sélénium - cancer prostatePlus de 82’000 hommes du Royaume Uni âgés de 50 à 69 ans qui ont effectué un test du PSA ont été pris en compte entre 1999 et 2009. Les chercheurs se sont concentrés sur les hommes atteints d’un cancer de la prostate à un stade initial, c’est-à-dire que la maladie était encore peu répandue et confinée seulement à la prostate. Parmi les 2’664 hommes souffrant de cette forme initiale du cancer, 1’643 ont été d’accord de recevoir au hasard soit une chirurgie (prostatectomie), une radiothérapie ou aucun traitement mais avec un suivi actif.  Dans ce dernier cas, le patient devait se soumettre à des tests sanguins effectués chaque 3 ou 6 mois, des conseils médicaux et la prise d’un traitement seulement si des signes montraient une détérioration de la maladie. La proportion dans chacun des 3 groupes étaient d’environ 1 tiers, soit un peu plus de 540 hommes dans chacun des groupes.

Résultats à 10 ans

Cette étude a montré 10 ans plus tard que ce taux de survie de 99% était le même ou presque chez des patients qui ont été opéré ou qui ont effectué une radiothérapie en comparaison avec ceux n’ayant pas reçu de traitement (suivi actif). Parmi ces 1’643 participants, il est vrai que davantage de patients avec un suivi actif, soit 112, ont vu leur cancer s’aggraver, contre 46 pour ceux qui ont effectué une chirurgie ou 46 avec une radiothérapie. Mais la chirurgie et la radiothérapie ont mené à davantage d’effets secondaires (ex. incontinence urinaire, troubles de l’érection).
De plus, parmi ces 1’643 patients, 17 sont morts des conséquences du cancer de la prostate : 8 dans le groupe avec un suivi actif, 5 dans le groupe chirurgie et 4 dans le groupe radiothérapie. Mais selon les scientifiques, ces différences étaient statistiquement insignifiantes.

Il est intéressant de noter que selon un article du Wall Street Journal, sans lien avec cette étude, le taux de guérison du cancer de la prostate aux Etats-Unis en 2016 était aussi de 99%. On peut affirmer sans aucun doute qu’il s’agit d’un cancer qui se soigne très bien, à la différence par exemple de celui du pancréas.

Aucune preuve

Le principal auteur de cette étude, le Dr Freddie Hamdy de l’Université d’Oxford, estime qu’il n’y a aucune preuve sérieuse qui montre que traiter la maladie à un stade précoce permettrait de faire la différence.  En effet, il s’avère pour le moment très difficile de savoir quel patient, par exemple avec un taux anormal de PSA, va développer une forme grave de la maladie. C’est pourquoi, les chercheurs d’Oxford se demandent s’il ne faudrait pas éviter tout traitement (chirurgie, radiothérapie) à un stade précoce.
Le patient, avec l’aide du médecin, doit décider des meilleures options de traitement à disposition, ne pas traiter en devient également une comme le montre ce travail de recherche.

Cette étude a été publiée le 14 septembre 2016 dans la prestigieuse revue scientifique américaine New England Journal of Medicine

Commentaire

Les scientifiques auraient besoin d’une méthode de diagnostic permettant d’identifier de façon précoce le cancer de la prostate avec un développement potentiellement grave, formant notamment des métastases. Actuellement, les méthodes à disposition restent insuffisantes.

Ci-dessous voici  une infographie sur les recommandations émises en 2013 par l’AUA (American Urological Association) sur les hommes devant effectuer le test du PSA. Selon nos informations, ces recommandations restent toujours valables en septembre 2016.

cancer de la prostate test PSA

Le 15 septembre 2016. Par Xavier Gruffat (Pharmacien Dipl. EPF Zurich, Dipl. MBA/FIA). Sources: Review de l’étude (10-Year Outcomes after Monitoring, Surgery, or Radiotherapy for Localized Prostate Cancer), CBSNews, The Wall Street Journal. Crédits photos : Fotolia.com, Creapharma.ch (infographie en bas)

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Informations sur la rédaction de cet article et la date de la dernière modification: 15.09.2016