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5 informations à connaître sur le cannabis en terme médicinal et sociétal

BÂLELe cannabis devient toujours plus un thème politique et parfois sensible dans les différentes sociétés. Certains pays ou états américains ont légalisé le cannabis à titre récréatif (autrement dit il est possible de fumer légalement des joints), d’autres à titre seulement médicinal ou thérapeutique comme la Suisse et une trentaine d’autres pays alors que la plupart des pays interdisent tout simplement sa consommation. En France, l’Assemblée nationale a voté le 25 octobre 2019 en faveur de l’expérimentation du cannabis thérapeutique à partir de 2020. Découvrez 5 informations qui peuvent vous aider à mieux comprendre de quoi on parle, du flower power au CBD.

1. Un peu d’histoire – Le cannabis fumé en joint est relativement récent (mai 68). Même si la plante de cannabis est connue et à certains moments de l’histoire consommée depuis au moins 4000 ans, le fait de fumer du cannabis sous forme de joints date seulement des années 1960 avec l’arrivée de la contre-culture hippie (flower power dans la culture américaine) et mai 68 en France. Avant le milieu des années 1960, les polices comme celle de Suisse, n’avaient pas besoin de punir ou d’amender car presque personne n’en consommait. En Suisse, l’interdiction du cannabis avec son inscription à la loi sur les stupéfiants date de 1951 (avec une révision en 2011). En 2019, on estime qu’environ 200’000 Suisses fument chaque jour du cannabis pour un pays de 8 millions d’habitants, soit 2,5% de la population. Entre 2007 et 2017, la consommation de cannabis en Suisse chez les adolescents et les jeunes adultes a considérablement augmenté, selon l’Office fédéral de la statistique (OFS). En 2017, 9% des adolescents et des jeunes adultes âgés de 15 à 24 ans ont affirmé avoir consommé du cannabis au cours du mois écoulé. En 2007, les consommatrices et consommateurs réguliers de cannabis étaient moins fréquents dans cette classe d’âge, soit de 6%.
La croissance du nombre de personnes qui fument du cannabis (joints) en Occident est tout simplement vertigineuse en seulement 50 ans. Le trafic illégal de cannabis est par conséquent très rentable et alimente massivement le crime organisé (ex. mafia). Relevons qu’entre 1880 et 1900 le cannabis était utilisé sous forme de médicament en Europe, avant de tomber dans l’oubli pendant une bonne partie du 20ème siècle.

2. Médicaments à base de THC beaucoup moins dosés que les joints. Dans certains pays comme la Suisse, les médecins peuvent prescrire à leurs patients des préparations à base de cannabis, contenant notamment du THC (delta-9-tetrahydrocannabinol, appelé aussi drobaniol). Rappelons que le THC est un principe actif du cannabis présentant plusieurs propriétés, à haute dose les fameux effets hallucinant, psychoactif ou euphorisant qu’un fumeur de joint peut ressentir. Les indications des médicaments ou préparations à base de THC sont nombreuses comme lors de douleurs (au niveau des nerfs, lors d’un cancer, de rhumatismes), nausées ou vomissements ainsi que lors de maladies neurologiques comme la sclérose en plaques, l’épilepsie, le syndrome de Tourette. Ce qu’il faut bien comprendre est que les doses de THC qu’on retrouve dans ces médicaments ou préparations sont bien inférieures (ex. d’un facteur 10) que celles qu’une personne reçoit lorsqu’elle fume un joint. Cela signifie que ces patients qui se font prescrire du THC ne devraient pas souffrir d’hallucinations comme les fumeurs de joints.

3. En Suisse, le rôle important du pharmacien. En octobre 2019, il existe sur le marché suisse une seule préparation à base de cannabis, le Sativex en solution orale (spray à appliquer dans la bouche) indiqué notamment chez les personnes souffrant de sclérose en plaques. Mais grâce à la législation suisse, le médecin peut prescrire des préparations magistrales (en allemand Rezeptur) à base de THC, c’est-à-dire que le pharmacien prépare le médicament directement à la pharmacie avec un dosage individuel. Avec cette méthode, les caisses maladie remboursent le traitement même si l’indication n’est pas celle qui est officielle (ex. sclérose en plaques). Cela permet de prescrire du THC à un groupe beaucoup plus large de patients chez par exemple des personnes souffrant de douleurs lors d’un cancer, dans le jargon médical on parle d’une prescription off-label (littéralement hors de la notice). Le THC, prescrit par un médecin, doit suivre en Suisse une procédure spéciale en rapport avec la loi sur les stupéfiants. Les produits à base de CBD comme l’huile de CBD ne sont pas soumis à la loi sur les stupéfiants (plus d’infos sur le CBD dans le point no5).

4. Danger du cannabis fumé pour les adolescents. Fumer du cannabis n’est jamais conseillé en terme médicinal à cause notamment d’un impact négatif sur le système respiratoire (ex. cancer). Mais ce qui est important de savoir est que fumer du cannabis à l’âge de 14 ans est bien pire qu’à 18 ans. Le THC et d’autres substances actives qu’on retrouve dans la fumée du cannabis peuvent s’avérer très néfastes pour le développement du cerveau de l’adolescent. Sans compter que des études ont montré que la fumée de cannabis augmentait le risque de schizophrénie ou en tout cas (pour les études les moins critiques) révélait des personnalités de nature schizophrène. Dans une étude réalisée sur des souris, l’exposition au cannabis et au stress pendant l’adolescence entraînait des troubles anxieux à long terme, caractérisés par la présence d’une peur pathologique. C’est ce que montrent les résultats d’une étude publiée le 8 janvier 2019 dans le journal Neuropharmacology (DOI : 10.1016/j.neuropharm.2018.11.016). Conclusion, même si c’est malheureusement fréquent, consommer du cannabis à l’adolescence est très mauvais pour un développement sain du cerveau.

5. Le CBD, une molécule toujours plus connue. Il y a quelques années, c’était surtout le THC qui était plus ou moins la seule molécule du cannabis connue, notamment car elle est en partie responsable de l’effet hallucinogène. Mais le CBD (cannabidiol) commence à faire de la concurrence au THC. L’intérêt du CBD est qu’à la différence du THC, il ne provoque pas d’hallucinations ou des effets psychoactifs mais entraîne plutôt une relaxation musculaire. Aux Etats-Unis, il existait en juin 2019 plus de 1000 marques vendant des produits à base de CBD. Le marché du CBD devrait atteindre les 22 milliards de dollars aux Etats-Unis en 2022, comme le relève le site Prevention.com. Il y a toutefois moins d’études publiées avec le CBD que le THC, ce qui rend un peu plus difficile d’évaluer correctement les différentes indications médicales du CBD. Les fabricants de CBD, soutenus parfois par des études scientifiques, estiment  que cette substance peut agir contre les douleurs, l’anxiété, la polyarthrite rhumatoïde ou les démences. Le CBD peut être extrait de la plante de cannabis ou synthétisé chimiquement.
Notre cerveau produit aussi ses propres CBD, appelés endocannabinols comme l’anandamide. L’euphorie qu’on peut ressentir après un effort physique ne viendrait pas seulement de la dopamine et des endorphines mais aussi des endocannabinols. Chaque jour notre cerveau produit des milliards d’endocannabinols qui sont rapidement éliminés (catabolisés) par des enzymes. En consommant des produits à base de CBD on pourrait augmenter le bien-être comme réduire l’anxiété en augmentant la concentration de CBD dans le cerveau.  Le CBD est souvent vendu en huile par exemple sous forme de teinture.

Article mis à jour le 29 octobre 2019. Par Xavier Gruffat (pharmacien). Source : conférence qui s’est tenue à Bâle le 26 octobre 2019 à l’Université de Bâle (faculté de pharmacie), Prevention.com, Neuropharmacology (DOI : 10.1016/j.neuropharm.2018.11.016), France 24, Keystone-ATS. Crédits photos et infographies : Creapharma.ch (Pharmanetis Sàrl)

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Informations sur la rédaction de cet article et la date de la dernière modification: 29.10.2019