La metformine, un médicament phare contre le diabète de type 2, ralentit la production d’énergie mitochondriale dans les cellules intestinales, forçant ainsi l’intestin à métaboliser l’excès de sucre. C’est le résultat d’une étude menée par le Northwestern University et publiée le 8 mai 2026 dans le journal Nature Metabolism (DOI : 10.1038/s42255-026-01530-y). Cette découverte pourrait changer de manière significative la compréhension du traitement du diabète car jusqu’à présent, les chercheurs pensaient que ce médicament agissait principalement au niveau du foie afin de limiter la production de glucose.
Régulation de la glycémie
Le glucose représente une source d’énergie essentielle pour l’organisme. Cependant, lorsqu’il est présent en excès, il peut provoquer une résistance à l’insuline et endommager progressivement les vaisseaux sanguins ainsi que plusieurs organes. Selon l’étude, la metformine agit directement sur les mitochondries – les structures cellulaires chargées de produire de l’énergie. Le médicament ralentit leur activité dans les cellules de l’intestin, ce qui oblige ces dernières à utiliser davantage de glucose pour fonctionner. Autrement dit, l’intestin devient une sorte de « consommateur de sucre », capable d’absorber une partie importante du glucose circulant dans le sang après les repas.
Le professeur Navdeep Chandel, auteur principal de l’étude, explique que cette découverte met en évidence le rôle central de l’intestin dans la régulation de la glycémie.
À noter que cette recherche est le prolongement de travaux antérieurs du laboratoire de Navdeep Chandel. Les scientifiques avaient déjà montré que la metformine bloquait une partie essentielle de la respiration cellulaire appelée « complexe I mitochondrial ». La nouvelle étude permet désormais d’identifier précisément l’organe ciblé par ce mécanisme, c’est à dire l’intestin.
Pour les chercheurs, cette découverte pourrait ouvrir la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques visant directement le métabolisme intestinal afin de mieux contrôler la glycémie chez les personnes atteintes de diabète de type 2. Le premier auteur de l’étude, Zach Sebo, chercheur postdoctoral au sein du laboratoire Chandel, estime que cette remise en question des mécanismes connus de la metformine pourrait permettre de mieux comprendre les effets multiples du médicament.
Effet similaire à la berbérine
L’étude établit également une similarité inattendue avec la berbérine, un complément alimentaire d’origine végétale souvent présenté sur les réseaux sociaux comme un « Ozempic naturel ». L’équipe a observé que la berbérine semble activer le même mécanisme intestinal que la metformine. Toutefois, les chercheurs appellent à la prudence. Contrairement à la metformine, qui bénéficie de plusieurs décennies de recherches cliniques solides, la berbérine reste beaucoup moins étudiée et ne peut pas remplacer un traitement médical validé.
Selon Navdeep Chandel, si l’objectif est de contrôler efficacement la glycémie, la metformine demeure l’option la plus fiable scientifiquement.
Meilleure compréhension des effets secondaires
Ces découvertes permettent également d’expliquer plusieurs observations cliniques relevées depuis longtemps chez les patients prenant de la metformine.
Une baisse du sucre après les repas. Le médicament transforme l’intestin en véritable « éponge » capable de capter davantage de glucose après l’alimentation.
Une diminution de la citrulline. Les personnes traitées présentent souvent des niveaux plus faibles de citrulline, une molécule produite par les mitochondries des cellules intestinales. Comme la metformine freine l’activité mitochondriale, cette production diminue naturellement.
Une réduction de l’appétit. Les chercheurs ont constaté une augmentation de l’hormone GDF15, connue pour réduire la faim et favoriser la perte de poids. Lorsque l’intestin détecte un stress énergétique, il libère cette hormone qui envoie au cerveau un signal de satiété.
Ces mécanismes pourraient expliquer pourquoi la metformine possède des effets métaboliques très variés chez certains patients.
Étude menée sur des souris génétiquement modifiées
Pour réaliser cette étude, les chercheurs ont utilisé des souris modifiées génétiquement afin que leurs cellules intestinales résistent à l’action de la metformine. Les scientifiques ont introduit une enzyme de levure appelée NDI1, capable d’imiter le complexe I mitochondrial tout en restant insensible au médicament.
Le résultat a montré que lorsque les cellules intestinales devenaient résistantes à la metformine, l’effet du traitement sur la baisse du glucose sanguin diminuait fortement. Cette observation confirme que l’intestin joue un rôle clé dans l’efficacité du médicament.
Cette étude pourrait modifier de manière significative la manière dont les chercheurs envisagent le traitement du diabète de type 2. Plutôt que de cibler uniquement le foie, les futures thérapies pourraient chercher à agir directement sur le métabolisme intestinal et mitochondrial.
Les travaux ouvrent également de nouvelles perspectives pour comprendre les liens entre l’intestin, l’énergie cellulaire et la régulation du poids.
Références & Sources :
– Journal Nature Metabolism (DOI : 10.1038/s42255-026-01530-y)
– Northwestern University
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Seheno Harinjato (Rédactrice chez Creapharma.ch, responsable des infographies)
Date de dernière mise à jour du dossier :
27.05.2026
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