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Sucres, graisses, prise de poids : notre interview avec une diététicienne

Des fruits frais pour diminuer le risque de crise cardiaque et d’AVCBERNE – La nutrition intéresse le grand public, mais parfois la confusion règne. Car il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’une science qui peut évoluer en fonction de nouvelles études.  Cet aspect peut s’avérer parfois difficile à comprendre pour les non spécialistes, la vérité d’un moment n’est plus la même quelques années ou décennies plus tard comme cela été le cas avec les aliments riches en cholestérol.  En effet, comme Creapharma en a parlé dans un article jusqu’au milieu des années 2010 il était recommandé en tout cas aux Etats-Unis de ne pas consommer plus de 300 mg de cholestérol par jour, ce qui correspond à environ 100 gr de beurre, 2 petits œufs ou un steak de 300 gr. Désormais, suite à de nouvelles études scientifiques, une bonne tartine au beurre ne ferait pas de mal pour la santé. Pour mieux comprendre toutes ces évolutions, Creapharma.ch a interviewé Mme Muriel Jaquet, diététicienne ASDD à la Société Suisse de Nutrition SSN, pour nous éclairer sur les principales informations à retenir et savoir comment adopter une alimentation équilibrée.

Creapharma.ch – On le voit avec l’exemple du cholestérol mentionné ci-dessus mais aussi avec une remise en cause, toujours avec des études à l’appui, de la nocivité des graisses. Il semble que désormais le “grand méchant” de l’épidémie de l’obésité et de l’augmentation des cas de diabète dans le monde soit le sucre et surtout le sucre rajouté par l’industrie agroalimentaire dans de nombreux produits comme par exemple les boissons sucrées ou même les pizzas. Partagez-vous cette nouvelle vision ?

Muriel Jaquet – A la SSN, nous n’avons jamais partagé la vision qu’un aliment ou un nutriment puisse être seul responsable d’un problème de santé publique comme l’obésité ou le diabète. De nombreux facteurs sont à l’origine de ce type de pathologies. Nous pensons qu’une alimentation favorable à la santé est simplement une alimentation qui respecte un certain équilibre entre les aliments. Nos recommandations qui sont illustrées par la pyramide alimentaire suisse (photo ci-dessous, crédit photo SSN) n’ont que peu changé depuis la première version qui date de 1998. Nous n’avons jamais prôné une restriction drastique des graisses et avons toujours recommandé de consommer les sucres ajoutés en petites quantités. Mais surtout nous encourageons une alimentation variée et équilibrée qui soit suffisamment riche en nutriments indispensables.

pyramide-alimentaire-suisse-2016

Au niveau nutritionnel, quels sont les risques ou effets néfastes sur la santé de consommer trop de sucre rajouté comme le fructose ?

La caractéristique principale des sucres ajoutés, qu’il s’agisse de saccharose (sucre blanc ou brut, de canne ou de betterave), de sirops de fructose ou de glucose, ou d’autres ingrédients édulcorants “naturels” comme le miel ou le sirop d’agave, c’est qu’il sont très concentrés en sucre et donc en énergie et ne fournissent pas ou très peu d’autres nutriments indispensables comme les vitamines ou les sels minéraux. Ils apportent ce que l’on appelle des calories vides. Pour qu’une alimentation soit équilibrée, il faudrait que les sucres ajoutés ne fournissent pas plus de 10% de l’apport énergétique total (ce qui représente 50 g de sucre pour une personne ayant besoin de 2000 kcal par jour). Consommer trop de sucres ajoutés augmente le risque d’avoir une alimentation appauvrie en nutriments essentiels. Le sucre est aussi connu pour être une cause de carie dentaire. Et une consommation excessive de sucre, notamment sous forme de boissons, est aussi fortement suspectée de favoriser une augmentation de l’apport énergétique et ainsi la prise de poids. Mais il est difficile d’avoir un niveau de preuve élevé quand il s’agit de lier un nutriment à la prise de poids.

Vous citez dans votre question le fructose, qui semble assez largement utilisé dans l’industrie des boissons sucrées dans certaines parties du monde. En Suisse, les boissons sucrées sont actuellement encore le plus souvent sucrées avec du saccharose.

Certaines juridictions ont pris des mesures politiques. Etes-vous par exemple favorable à une taxation des boissons sucrées et des sodas en Suisse comme cela a été fait dans d’autres pays (ex. Mexique) ou villes (ex. San Francisco, CA) ?

Nous  ne sommes pas convaincu de l’utilité d’une telle mesure. Notre propos est plutôt d’informer la population pour qu’elle soit en mesure de faire les choix adéquats.

On peut imaginer qu’il y a eu une sorte de déplacement du combat des graisses vers le sucre par simple observation de la société moderne et occidentale. Si on prend les Etats-Unis par exemple, l’épidémie d’obésité ne diminue pas. Probablement que beaucoup de scientifiques se sont dits que si des efforts ont été faits sur les graisses et que l’obésité ne diminuait pas, le seul coupable devait être le sucre. Et si ce n’était pas si simple d’attaquer le “sucre” comme le responsable de tous les maux mais un peu plus complexe, que pensez-vous ?

Certainement. La qualité de l’alimentation est une composante de la prise de poids, mais il y en a bien d’autres dont notamment le comportement alimentaire, l’activité physique ou le sommeil par exemple.

Beaucoup de gens qui nous lisent ont des problèmes de poids. Qu’est-ce qui selon vous est le plus important pour perdre du poids, la pratique régulière d’exercice ou une bonne alimentation, car il est souvent difficile de faire les 2 choses dans des journées souvent très chargées et stressantes ? Dans ce cas aussi il y a souvent des informations contradictoires qui circulent notamment sur Internet.

Perdre du poids et le maintenir ensuite n’est pas un processus facile et les changements à faire vont dépendre de vos habitudes alimentaires et de votre mode de vie. L’alimentation et l’activité physique sont deux domaines importants sur lesquels on peut agir, mais il y en a d’autres, comme la gestion du stress ou le sommeil par exemple. L’idéal est de pouvoir  faire un bilan de son alimentation et de son mode de vie, afin de repérer quels éléments ont favorisé la prise de poids et de fixer les priorités pour entreprendre des changements.

Finalement, quel conseil donneriez-vous à une personne qui n’a pas trop envie d’étudier les dernières publications de nutrition mais qui aimerait quand même s’alimenter sainement en faisant le plus juste possible ?

Prenez le temps de savourer des repas variés et si possible équilibrés, mangez à votre faim sans plus et faites de l’eau votre boisson principale.

Découvrez le site de la Société Suisse de Nutrition

Le 30 septembre 2016. Interview réalisée par Xavier Gruffat (Pharmacien Dipl. EPF Zurich, MBA) par e-mail en septembre 2016. Crédits photos : Fotolia.com, SSN (photo pyramide alimentaire)

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Informations sur la rédaction de cet article et la date de la dernière modification: 05.10.2016