L’ocytocine et la vasopressine aideraient à synchroniser le comportement social

PHILADELPHIE – Une étude réalisée sur les macaques rhésus mâles a donné de nouveaux résultats qui pourraient mener à des traitements alternatifs pour les déficiences sociales dans des troubles tels que l’autisme et la schizophrénie. Les résultats de cette recherche réalisée à l’Université de Pennsylvanie (Penn) ont été publiés le 29 mai dans le journal Scientific Reports.


L'ocytocine et la vasopressine aideraient à synchroniser le comportement socialLes effets de l’ocytocine sur le comportement social humain ne sont pas encore clairs. Certaines études révèlent des changements positifs importants, tandis que d’autres n’en montrent aucun. Chez de nombreux animaux, des rongeurs aux primates non humains, c’est différent. Il a été, en effet, prouvé que l’ocytocine augmente les comportements sociaux positifs et l’attention portée aux autres, et réduit au contraire les comportements sociaux négatifs comme les menaces et la vigilance.
Ces constats découlent de travaux qui comprenaient des tâches spécifiques exécutées par les sujets, qu’il s’agisse de personnes ou d’animaux. Mais Michael Platt, neuroscientifique à la Penn, et Yaoguang Jiang, chercheur postdoctoral, voulaient comprendre ce qui se passe pendant les interactions spontanées et naturelles qui suivent l’inhalation et l’injection d’ocytocine et d’un neuropeptide similaire, la vasopressine.

Un comportement plus égalitaire et moins conflictuel

Les scientifiques ont constaté que chez les macaques rhésus mâles, les hormones réduisent la hiérarchie de groupe, ce qui fait que les singes dominants deviennent plus détendus et que les singes subordonnés deviennent plus confiants. Le résultat reste similaire, même lorsqu’un seul d’une paire reçoit de l’ocytocine ou de la vasopressine, ce qui indique une sorte de communication non verbale entre les animaux.

Ce travail, le premier du genre, consistait à donner à un macaque de l’ocytocine, de la vasopressine ou une solution saline par inhalation ou injection, puis à l’apparier sept fois ou six fois avec différents singes et une fois avec une chaise vide, dans un ordre aléatoire. Pour les protéger, les animaux ne pouvaient pas se toucher physiquement. Cependant, ils pouvaient interagir et pouvaient se voir, s’entendre et se sentir. Les chercheurs ont enregistré un échange de cinq minutes, puis deux observateurs distincts ont noté le comportement, image par image. Sept macaques ont participé aux travaux d’inhalation et sept ont participé aux travaux d’injection.

« La domination sociale chez les singes est très importante et fait partie de leur raison de vivre. Mais ici, la courbe s’est aplatie », explique Mme Jiang. « Ceux qui étaient au milieu sont restés au milieu. Ceux qui étaient de rang inférieur et plus timides sont devenus un peu plus assertifs, et ceux qui étaient dominants sont devenus un peu plus calmes. Ils n’essayaient pas toujours de se battre ».

Une plus grande attention accordée aux autres

De plus, l’alignement des actions – ce qu’on appelle la synchronisation comportementale – lorsque seulement l’une d’une paire a reçu l’hormone indique des indices non verbaux sous-jacents à l’activité, ajoute Mme Jiang. « D’une manière ou d’une autre, ils se transmettaient cette information », explique-t-elle. « La communication n’était évidemment pas verbale, mais se faisait avec des petits gestes ». Ceci est cohérent avec les travaux antérieurs du Prof. Platt montrant que l’ocytocine augmentait la durée pendant laquelle un singe regarde et prête attention à un autre singe.

La vasopressine mène au même résultat que l’ocytocine, ce qui complique l’image du fonctionnement de ces hormones. Les récepteurs des deux sont situés dans des parties différentes du cerveau et peuvent se lier aux deux hormones. En injectant de petites quantités d’hormones dans une région du cerveau qui ne contient que des récepteurs vasopressine, les chercheurs Platt et Jiang ont découvert que l’ocytocine semblait se lier aux récepteurs vasopressine pour modifier le comportement.

« Notre compréhension de la façon dont tout cela va fonctionner est beaucoup plus compliquée qu’on ne le pensait à l’origine », dit le Prof. Platt. « Nous devons considérer tout cet autre système, le système vasopressine ».

Une nouvelle percée dans le traitement thérapeutique des troubles sociaux ?

En théorie, une étude approfondie sur ces hormones et leurs mécanismes sous-jacents pourrait potentiellement mener à des percées dans le traitement thérapeutique de troubles sociaux tels que l’autisme, la schizophrénie et le trouble bipolaire. La recherche peut également aider les enfants qui ont subi une ablation de l’hypophyse, une procédure qui peut endommager l’hypothalamus et conduire à une suralimentation vorace pour des raisons encore inconnues. Parce que l’ocytocine régule l’alimentation et le comportement social, il y a là un potentiel de traitement, quelque chose que le Prof. Platt et ses collègues testent par le biais d’un essai clinique au Children’s Hospital of Philadelphia.


« Nous supposons que pour ces enfants, il y a toute une série de problèmes sociaux sous-jacents auxquels les gens ne prêtent pas attention parce qu’ils sont concentrés sur le fait que les enfants ne peuvent pas arrêter de manger », explique le Prof. Platt. « Nous essayons de déterminer si le fait de les traiter pour excès alimentaires améliore aussi les fonctions sociales ».

Ce travail global s’appuie sur les recherches que le Prof. Platt mène sur les primates non humains depuis plus de deux décennies. En particulier, les macaques rhésus offrent une comparaison précieuse avec les humains parce que les animaux modélisent bon nombre des mêmes comportements sociaux, vivent en grands groupes et forment des liens sociaux à long terme.

Leur réaction à l’ocytocine et à la vasopressine semble également refléter celle des êtres humains. Pourtant, malgré cette évolution progressive dans le domaine des connaissances, il y a encore beaucoup à comprendre selon le Prof. Platt. « Nous avons encore beaucoup à apprendre sur comment, quand et de quelle manière nous utilisons ces hormones peptidiques pour traiter divers problèmes ».

Cette étude a été publiée online le 29 mai 2018 dans le journal scientifiques Scientific Reports (DOI: 10.1038/s41598-018-25607-1).

Le 3 juin 2018. Par la rédaction de Creapharma.ch (supervision scientifique par Xavier Gruffat, pharmacien). Sources : Communiqué de presse de l’étude (en anglais). Référence : Scientific Reports (DOI: 10.1038/s41598-018-25607-1). – Crédits photos : Fotolia.com.

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Informations sur la rédaction de cet article et la date de la dernière modification: 03.06.2018