Pourquoi dort-on souvent mal la première nuit loin de chez soi ?

En manque de sommeil, quatre fois plus de risques de s'enrhumerPROVIDENCE, R.I.La première nuit que l’on passe hors de son domicile, par exemple à l’hôtel, est souvent de mauvaise qualité. Certaines personnes se plaignent d’avoir dormi avec un “œil ouvert”, c’est particulièrement problématique pour les voyageurs d’affaires ou autres personnes devant effectuer de nombreux déplacements comme par exemple les sportifs ou artistes. Dans une nouvelle étude, des chercheurs de la Brown University aux Etats-Unis ont découvert les raisons neurologiques qui se cachent derrière ce phénomène particulier.  Les résultats ont montré que l’un des 2 hémisphères du cerveau reste plus éveillé que l’autre pendant le sommeil profond, comme si cet hémisphère était prêt à affronter des problèmes, autrement dit en “mode alerte” ou en veille de nuit.

L’oreiller au Japon


“Au Japon, les personnes disent « si vous changez d’oreiller vous ne pourrez pas dormir »,” a expliqué dans un communiqué la scientifique Yuka Sasaki de la Brown University qui a participé à ce travail de recherche. Selon elle : “On ne dort jamais très bien dans un nouvel endroit, c’est bien connu.”

Première nuit problématique connue des chercheurs

Les chercheurs savaient déjà que la première nuit passée hors de son domicile était souvent problématique. Lors de tests sur le sommeil réalisés à des fins de recherche dans un hôpital ou un laboratoire, cette première nuit n’est souvent pas prise en compte pour des études et est considérée comme “nuit d’adaptation”. Les participants doivent donc souvent dormir plus d’une nuit dans le lieu de recherche pour que les tests effectués reflètent mieux une nuit passée à la maison. Une fois n’est pas coutume, les chercheurs de la Brown University ont cherché à mieux comprendre cette première nuit de sommeil, si problématique et particulière, afin de mieux comprendre les causes.

 

Bruits dans l’oreille

Yuka Sasaki et l’auteur principal Masako Tamaki ont réalisé plusieurs expériences. Pour arriver à leurs résultats, ils ont fait appel à 35 volontaires. En mesurant l’activité cérébrale de chaque participant pendant la 1ère nuit de sommeil hors du domicile, ils ont constaté qu’un réseau particulier situé dans l’hémisphère gauche restait plus actif que dans l’hémisphère droit et notamment pendant le sommeil profond (“slow-wave” en anglais). Quand les chercheurs ont stimulé l’hémisphère gauche avec des bruits irréguliers diffusés dans l’oreille droite, cela a augmenté la probabilité de réveil des participants de façon très significative en comparaison avec des bruits diffusés dans l’oreille gauche.

Le sommeil : un capital essentiel pour une bonne santé, notamment du cerveau

Dans d’autres phases du sommeil et dans 3 autres réseaux testés pendant la première nuit, ils n’ont constaté aucune différence par rapport à l’état d’alerte ou de l’activité dans l’un des deux hémisphères. Dans la 2ème nuit de sommeil hors du domicile, les chercheurs n’ont observé aucune différence significative entre les deux hémisphères pendant le sommeil profond. La preuve qu’il s’agit véritablement de la 1ère nuit de sommeil passée loin du domicile qui pose problème.

Pour réaliser cette étude, les scientifiques ont fait appel à  différentes techniques : l’électroencéphalographie, la magnétoencéphalographie et imagerie par résonance magnétique (IRM).


Animaux

On sait que certains animaux marins et oiseaux présentent une asymétrie pendant le sommeil, pour leur permettre, en particulier, de rester en état d’alerte toute la nuit. “A notre connaissance, cette asymétrie d’un hémisphère à l’autre au niveau du sommeil profond observée lors de la 1ère nuit de sommeil n’a jamais été rapportée sur les humains,” ont écrit les chercheurs dans un communiqué de presse de cette étude.

Questions en suspens

Les chercheurs reconnaissent que certaines questions restent en suspens, notamment sur l’effet de l’hémisphère droit, le reste de la nuit, c’est-à-dire dans d’autres phases du sommeil, car les chercheurs ont observé seulement la première phase du sommeil profond. De ce fait, ils ne savent pas si l’hémisphère gauche maintient son niveau d’alerte toute la nuit, ou pourrait travailler en alternance avec l’hémisphère droit plus tard dans la nuit.

De plus, les scientifiques ne comprennent pas encore pourquoi seulement un hémisphère reste en état d’alerte et pas l’autre.

Veille de nuit

L’étude conclut :”Ce travail de recherche a montré que quand nous nous trouvons dans un nouvel environnement, une asymétrie entre les deux hémisphères se manifeste au niveau du sommeil profond, de la vigilance et de la réactivité, comme une veille de nuit pour nous protéger.”

Cette étude a été publiée dans la version online de la revue spécialisée Current Biology le 21 avril 2016.

Ce travail de recherche pourrait aider au développement de traitements plus ciblés pour lutter contre les troubles du sommeil chronique, grâce à une meilleure compréhension des processus d’éveil et de sommeil.

A retenir de cette étude :

– La première nuit de sommeil passée loin de chez soi est souvent peu reposante, même si on le savait déjà suite à différentes observations, les chercheurs ont réussi à mieux comprendre les raisons

– La cause est que l’un des 2 hémisphères du cerveau reste plus éveillé que l’autre pendant le sommeil profond, comme si cet hémisphère était prêt à affronter d’éventuels problèmes. La personne dans cette situation se trouve en “mode alerte”, en veille de nuit

Le 22 avril 2016. Par Xavier Gruffat (pharmacien) et la rédaction de Creapharma.ch, Source : communiqué de presse de l’étude, Review de l’étude

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Informations sur la rédaction de cet article et la date de la dernière modification: 04.06.2016