Publicité

De nouvelles recommandations de la pression à atteindre diminuent significativement le risque d’infarctus et de mortalité

Hypertension symptômesWASHINGTONVoici probablement le travail de recherche le plus important et influent de 2015, une vaste étude vient en effet de montrer que traiter l’hypertension de façon plus agressive qu’habituellement diminue le risque d’infarctus d’environ 1 tiers et de mortalité d’environ 1 quart chez des personnes âgées de plus de 50 ans. Cette étude américaine réalisée par une institution fédérale de santé de référence a même dû être interrompue plus d’une année avant le terme, prévu pour 2017, à cause d’informations pouvant « potentiellement sauver des vies ». Autrement dit, pour des raisons éthique les chercheurs ont mis fin à cette vaste étude clinique, tellement les résultats étaient exceptionnels.

Ces résultats proviennent d’une étude divulguée le vendredi 11 septembre 2015 et financée par le National Institutes of Health (NIH) portant le nom de Systolic Blood Pressure Intervention Trial (SPRINT).

Pour sauver des vies

Selon le Dr. Gary Gibbons, directeur du National Heart, Lung and Blood Institute rattaché au NIH : « Une prise en charge plus intensive de l’hypertension chez des personnes de plus de 50 ans peut sauver des vies et réduire les complications cardiovasculaires comme les crises cardiaques. »

Il faut savoir que le contrôle de la tension chez les personnes âgées, notamment de plus de 65 ans est sujet à certaines controverses, en particulier car la tension a tendance à varier pendant la journée. Cette étude semble mettre fin aux incertitudes.

Travail préliminaire

Cette étude est en fait le résultat d’un travail préliminaire qui n’a pas encore été publié dans une grande revue médicale de référence (ex. Science ou Nature), mais cela ne devrait tarder, probablement d’ici quelques mois. Comme les chercheurs ont arrêté avant le terme cette étude, ils ont préféré communiquer l’importance de ces résultats cliniques avant la publication complète de l’étude dans une revue scientifique. Ces nouvelles recommandations devraient fortement influencer les médecins et les patients dans la prise en charge de l’hypertension.

Résultats impressionnants

Les chercheurs ont montré que diminuer la pression systolique à 12 ou 120 millimètres de mercure chez des patients âgés de plus de 50 ans permettait de réduire d’environ un tiers le risque d’infarctus du myocarde, de troubles cardiaques et d’AVC ainsi que de diminuer d’environ 25% le risque de mortalité lié à ces pathologies, comparativement à l’objectif actuel d’une pression systolique de 14 dans ce groupe d’âge voire de 15 chez les patients âgés de plus de 60 ans. La pression diastolique devrait être réduite à 8 ou 80 mm de mercure (Hg), contre 90 mm de mercure, cette dernière valeur étant l’objectif souvent recommandé avant la divulgation de ce travail préliminaire.

Etude en détail

L’étude a porté sur 9’300 hommes et femmes âgés de plus de 50 ans qui présentaient un risque élevé de troubles cardiaques ou souffraient de maladies rénales. Chaque participant se voyait attribuer de façon aléatoire à deux objectifs différents de pression systolique à atteindre, l’un à 120 mm de mercure et l’autre à 140 mm de mercure.

Il est intéressant de noter que le groupe qui devait atteindre 120 mm de mercure a dû utiliser en moyenne 3 médicaments antihypertenseurs contre 2 pour ceux devant atteindre l’objectif de 140 mm de mercure. Abaisser la tension n’est donc pas toujours simple.

Résultats exceptionnels

Pour le Dr. Mark Creager, président de l’une des plus prestigieuses association de médecins spécialistes du système cardiovasculaire l’American Heart Association (AHA), cette étude est tout simplement exceptionnelle, comme le relève le New York Times.

Cette nouvelle étude vient contredire les résultats d’une étude publiée en 2014 réalisée par la même institution américaine (NIH) de référence montrant que la tension cible chez des personnes âgées de plus de 60 ans devait être de 150/90.

Hypertension, maladie de masse

Aux Etats-Unis, une personne sur trois souffre d’hypertension, dont une grande partie âgée de plus de 50 ans. Avec ces nouvelles recommandations, le nombre de personnes hypertendues devraient fortement augmenter. Il est intéressant de noter que la moitié des patients traités actuellement contre l’hypertension continuent à avoir une pression supérieure à 140 mm de mercure, preuve à nouveau qu’abaisser la tension n’est pas toujours facile, pour différentes raisons.

hypertension-nouvelles-recommandations-sept-2015

Big Pharma doit être très satisfait, commentaire de Creapharma

Comme cette étude a été réalisée par des fonds du gouvernement américain, il est selon nous difficile de remettre en cause l’objectivité de ce travail de recherche, en accusant par exemple l’industrie pharmaceutique de « manipuler » certaines données. Il est toutefois évident qu’en abaissant les objectifs de pression à atteindre, on augmente mécaniquement  les ventes de l’industrie pharmaceutique, appelée souvent Big Pharma, présente sur ce marché. Il est néanmoins vrai qu’une grande partie des hypotenseurs sont désormais dans le domaine des génériques, environ 90% aux Etats-Unis, ce qui ne devrait pas faire exploser les coûts du système de santé mais fera sans aucun doute augmenter à terme les ventes de ces médicaments de plusieurs milliards de dollars par année à travers le monde. Autrement dit, au lieu d’avoir x millions de patients, l’industrie pharmaceutique aura désormais n fois x millions de patients, où la valeur de n est forcément supérieure à 1. C’est une bonne nouvelle pour la médecine et l’espérance de vie, mais beaucoup moins pour les coûts engendrés à terme pour les systèmes de santé (publique ou privé).

C’est d’ailleurs tout le dilemme de la médecine moderne, jusqu’à nouvel avis nous allons tous mourir un jour, mais à force d’innovations médicales nous prolongeons toujours plus la vie, à des coûts bien sûr toujours plus hauts.

Le 14 septembre 2015. Par Xavier Gruffat (pharmacien, MBA). Sources : The New York Times, Webmd, CBSNews

Inscrivez-vous à notre newsletter du mardi (gratuit)     Publicité Lire aussi :
Informations sur la rédaction de cet article et la date de la dernière modification: 17.09.2017