Publicité

Risque accru de crises cardiaques avec des antidouleurs couramment utilisés

Les 15 médicaments les plus innovants de ces 25 dernières annéesMONTREALUne étude parue en mai 2017 dans le BMJ suggère que les personnes utilisant des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) couramment prescrits pour le traitement des douleurs et de l’inflammation pourraient accroître leur risque d’avoir une crise cardiaque dès la première semaine d’utilisation et particulièrement au cours du premier mois en cas d’utilisation de ces médicaments à forte dose.  Le risque reste toutefois faible en valeur absolue (environ 1%), même si en terme relatif il augmente de façon importante (20 à 50%). 

Des études précédentes  indiquaient que les AINS traditionnels et ceux appartenant au sous-groupe des inhibiteurs sélectifs de la COX-2 pouvaient augmenter le risque d’infarctus aigu du myocarde (crise cardiaque), mais le début d’apparition du risque, l’effet de la dose, de la durée du traitement ainsi que les risques comparés entre les différents AINS étaient mal élucidés.

Une équipe internationale de chercheurs menée par Michèle Bally du Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CRCHUM), alors doctorante en épidémiologie à l’Université McGill (Canada), est parvenue à mieux définir les risques de crise cardiaque associés à l’utilisation d’AINS par voie orale dans les conditions réelles de la vie de tous les jours.

Pour leur étude, les chercheurs ont effectué une  revue systématique ainsi qu’une méta-analyse des études pertinentes provenant de différentes bases de données sanitaires, notamment au Canada, en Finlande et au Royaume-Uni. Ensemble, ils ont analysé les résultats de 446 763 personnes parmi lesquelles 61 460 avaient eu une crise cardiaque.

Anti-inflammatoires couramment utilisés 

Les AINS intéressant les chercheurs étaient le célécoxib, les trois principaux AINS traditionnels (diclofénac, ibuprofène et naproxène) et le rofécoxib. Pour guider les cliniciens, les chercheurs ont présenté leurs résultats sous la forme de probabilité d’avoir une crise cardiaque. Ils ont examiné différents scénarios correspondant à la façon dont les personnes pourraient utiliser ces médicaments de façon habituelle.

L’étude a montré que prendre une dose, quelle qu’elle soit, d’AINS pendant une semaine, un mois ou plus d’un mois était associé à une augmentation du risque de crise cardiaque. Le naproxène a été associé à un risque de crise cardiaque équivalent à celui documenté pour les autres AINS. Le risque associé au célécoxib était inférieur à celui du rofécoxib (Vioxx) et comparable à celui des AINS traditionnels.

20 à 50% d’augmentation du risque mais il reste bas

Globalement, l’augmentation du risque de crise cardiaque est d’environ 20 % à 50 % avec l’utilisation des AINS, comparativement à leur non-utilisation. Pour mettre ces données en perspective, le risque de crise cardiaque due aux AINS découlant de cette augmentation est d’en moyenne 1 % par année. Autrement dit, cela ne veut pas dire qu’une personne utilisant des AINS aura 20 ou 50% de risque de souffrir d’infarctus du myocarde par année, mais en moyenne 1%. Il faut donc bien distinguer le risque relatif du risque absolu. Le type d’analyse utilisé par les chercheurs leur a permis de conclure avec une probabilité supérieure à 90 % que tous les AINS étudiés étaient associés à une augmentation du risque de crise cardiaque.

Risques en fonction de chaque situation 

mesure tension artérielleInterrogé par le média américain CBSNews, le Dr. Deepak Bhatt du Brigham and Women’s Hospital aux Etats-Unis qui n’a pas participé à cette étude commente ce travail de recherche : “Pour quelqu’un qui est jeune et en bonne santé et prend des AINS pour une entorse à la cheville, le risque de crise cardiaque est déjà très bas, ainsi cela augmente le risque de très bas vers très bas. Par contre, une personne âgée de 80 ans qui souffre d’hypertension, qui a eu une opération avec un bypass, pour ce patient le risque peut être important.”

D’autres analyses ont suggéré que le risque de crise cardiaque associé à l’utilisation d’AINS est plus élevé pour les doses les plus fortes et au cours du premier mois d’utilisation. Le risque ne semblait pas continuer à augmenter lorsque la durée de traitement était prolongée, mais les chercheurs préviennent qu’ils n’ont pas étudié les crises cardiaques répétées, si bien qu’il demeure plus prudent de n’utiliser des AINS que pour la durée la plus courte possible.

Il s’agit d’une étude observationnelle basée sur la prescription ou la délivrance des médicaments, et tous les facteurs influençant potentiellement ses résultats n’ont pas pu être pris en compte. Bien qu’on ne puisse conclure à une relation de cause à effet, les auteurs indiquent que leur étude est la plus grande recherche de ce type et que puisqu’il s’agit d’une étude menée dans les conditions réelles de la vie de tous les jours, ses constatations pouvaient être largement généralisées.

Les chercheurs insistent sur l’intérêt de partager des données dénominalisées de patients, car cela aide à prendre des décisions de santé qui peuvent améliorer les soins des patients.

Risque augmenté déjà la première semaine

Ils concluent ainsi : « Considérant que le risque d’infarctus aigu du myocarde est apparu au cours de la première semaine et qu’il a semblé plus important au cours du premier mois de traitement avec des doses plus élevées, les prescripteurs devraient comparer les risques et avantages des AINS avant d’instaurer un traitement, notamment pour les doses les plus fortes ».

Le 11 mai 2017. Sources : communiqué de presse du CHUM, The BMJ, CBSNews. Responsable publication : Xavier Gruffat (Creapharma.ch, pharmacien).

Étude : « Risk of acute myocardial infarction with NSAIDs in real world use: bayesian meta-analysis of individual patient data »
Journal : The BMJ

Lire aussi (autre news à ce sujet) : La FDA met en garde contre le risque d’infarctus et d’AVC avec tous les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) comme l’ibuprofène ou le diclofénac (2015)

Inscrivez-vous à notre newsletter (gratuit)     Lire aussi :
Informations sur la rédaction de cet article et la date de la dernière modification: 11.05.2017

Publicité