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Bonne nouvelle : une forme bénigne de la Covid-19 pourrait induire une protection durable par anticorps

WASHINGTON – Les personnes ayant souffert d’une maladie bénigne de la Covid-19 développeraient des cellules productrices d’anticorps qui peuvent durer toute la vie selon une étude publiée le 24 mai 2021 dans la revue Nature (10.1038/s41586-021-03647-4). Les résultats suggèrent, en effet, que les cas bénins de la Covid-19 laissent une protection durable par anticorps dans l’organisme des personnes infectées, ce qui rend moins fréquentes les contaminations répétées.

Une immunité de longue durée

Selon une étude menée par des chercheurs de la faculté de médecine de l’université de Washington à St. Louis, des mois après s’être rétablis d’un cas bénin de la Covid-19, des cellules immunitaires de l’organisme continuent de produire des anticorps contre le virus responsable de cette maladie. Ces cellules pourraient persister toute une vie, produisant des anticorps en permanence.

D’après Ali Ellebedy, PhD, professeur associé de pathologie et d’immunologie, de médecine et de microbiologie moléculaire et auteur principal de l’étude, il a été signalé l’automne dernier que les anticorps s’affaiblissaient rapidement après une infection par le virus responsable de la Covid-19. Les médias grand public ont ainsi interprété cette information comme signifiant que l’immunité n’était pas de longue durée. Pourtant, c’est une mauvaise interprétation des données. Il est normal que les taux d’anticorps diminuent après une infection aiguë, mais ils ne tombent pas à zéro ; ils atteignent un plancher. Lors de cette recherche, l’équipe a trouvé des cellules productrices d’anticorps chez les patients 11 mois après les premiers symptômes. Ces cellules vivront et produiront des anticorps pour le reste de la vie de ces personnes. C’est une preuve solide de l’immunité durable affirme le prof. Ali Ellebedy.

Lors d’une infection virale, les cellules immunitaires productrices d’anticorps se multiplient rapidement et circulent dans le sang, ce qui fait monter en flèche le taux d’anticorps. Une fois l’infection résolue, la plupart de ces cellules meurent, et le taux d’anticorps dans le sang diminue. Une petite population de cellules productrices d’anticorps, appelées plasmocytes à longue durée de vie, migrent vers la moelle osseuse et s’y installent, où elles sécrètent en permanence de faibles taux d’anticorps dans le sang pour aider à se prémunir contre une nouvelle rencontre avec le virus.

Bonne nouvelle : une forme bénigne de la Covid-19 pourrait induire une protection durable par anticorps

La réponse se trouve dans la moelle osseuse

Les chercheurs ont compris que la clé pour déterminer si la Covid-19 entraînait une protection durable par anticorps se trouvait dans la moelle osseuse. Pour savoir si les personnes qui se sont remises de cas bénins de la Covid-19 possédaient des plasmocytes à longue durée de vie produisant des anticorps spécifiquement dirigés contre le SRAS-CoV-2, le virus responsable de la maladie, le prof. Ellebedy et son équipe se sont associés à un projet visant à suivre les niveaux d’anticorps dans les échantillons de sang des survivants de la Covid-19.

L’équipe avait déjà recruté 77 participants qui donnaient des échantillons de sang à intervalles de trois mois, à partir d’un mois environ après l’infection initiale. La plupart des participants avaient eu des cas bénins de la Covid-19 ; seuls six avaient été hospitalisés. Une étude de la moelle osseuse de 18 des participants, sept ou huit mois après leur infection initiale, a aussi été effectuée. Cinq d’entre eux sont revenus quatre mois plus tard et ont fourni un deuxième échantillon de moelle osseuse. À titre de comparaison, les scientifiques ont également obtenu de la moelle osseuse de 11 personnes qui n’avaient jamais eu la Covid-19.

Les cellules productrices d’anticorps s’activent indéfiniment

Comme prévu, les taux d’anticorps dans le sang des participants ayant eu la Covid-19 ont chuté rapidement au cours des premiers mois suivant l’infection, puis se sont stabilisés, certains anticorps étant même détectables 11 mois après l’infection. En outre, 15 des 19 échantillons de moelle osseuse des personnes ayant eu la Covid-19 contenaient des cellules productrices d’anticorps ciblant spécifiquement le virus responsable de cette maladie. Ces cellules pouvaient encore être trouvées quatre mois plus tard chez les cinq personnes qui sont revenues pour fournir un deuxième échantillon de moelle osseuse. Aucune des 11 personnes qui n’avaient jamais eu la Covid-19 n’avait de telles cellules productrices d’anticorps dans leur moelle osseuse.

Les personnes présentant des cas bénins de coronavirus éliminent le virus de leur organisme deux à trois semaines après l’infection, de sorte qu’il n’y ait plus de virus à l’origine d’une réponse immunitaire active sept ou onze mois après l’infection selon le prof. Ellebedy. Ces cellules ne se divisent pas. Elles sont quiescentes, restent dans la moelle osseuse et sécrètent des anticorps. Elles le font après que l’infection ait disparu, et elles continueront à le faire indéfiniment.

Qu’en est-il des formes modérées à graves ?

Selon les chercheurs, les personnes infectées qui n’ont jamais présenté de symptômes pourraient également conserver une immunité durable. Mais il reste à déterminer si ceux qui ont subi une infection plus grave sont protégés contre une nouvelle poussée de la maladie, ont-ils ajouté. En effet, l’inflammation joue un rôle majeur dans la forme grave de la Covid-19, et une inflammation trop importante peut entraîner des réponses immunitaires défectueuses. Mais d’un autre côté, la raison pour laquelle les gens tombent vraiment malades est souvent qu’ils ont beaucoup de virus dans leur corps, et avoir beaucoup de virus peut conduire à une bonne réponse immunitaire. Ce n’est donc pas clair. Il est important de reproduire l’étude chez les personnes souffrant d’infections modérées à grave pour comprendre si elles sont susceptibles d’être protégées contre une réinfection.

Le prof. Ellebedy et ses collègues étudient maintenant si la vaccination induit également des cellules productrices d’anticorps à longue durée de vie.

Références & Sources :
Nature (10.1038/s41586-021-03647-4)

Personnes responsables et impliquées dans l’écriture de ce dossier :
Seheno Harinjato (rédactrice chez Creapharma.ch, responsable des infographies).

Date de dernière mise à jour du dossier :
25.05.2021

Crédits photos :
Creapharma.ch, Adobe Stock, © 2021 Pixabay

Crédit infographie : 
Pharmanetis Sàrl (Creapharma.ch)

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Informations sur la rédaction de cet article et la date de la dernière modification: 10.06.2021

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