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Covid-19 : l’immunité cellulaire, l’espoir pour les personnes déjà infectées (étude)

La durée de l’immunité après avoir été infecté par la Covid-19 et chez les personnes vaccinées est une question ouverte de grande importance. Pour résumer et un peu simplifier il y a deux types de défense immunitaire adaptative (celle qui survient après quelques jours, plus d’informations ci-dessous). Tout d’abord il y a la défense à base d’anticorps, appelée défense humorale, car pouvant attaquer directement des microbes comme des virus dans le sang. Puis la défense immunitaire à base des lymphocytes T qu’on nomme défense cellulaire, c’est-à-dire pouvant attaquer des microbes à l’intérieur des cellules. Dans ce cas les lymphocytes T n’attaquent pas directement les virus circulant par exemple dans le sang mais les cellules infectées avec l’objectif de stopper la réplication virale dans les cellules. Il faut savoir qu’il est plus facile de mesurer la réponse immunitaire par anticorps que par les lymphocytes T. Il existe plusieurs tests sérologiques ou d’anticorps sur le marché mais à notre connaissance aucun test grand public pour mesurer les cellules T. Compter les lymphocytes T peut prendre des semaines de travail. Beaucoup d’articles ont été consacrés aux anticorps, essayons ici de mieux comprendre l’immunité cellulaire en se basant sur une étude qui pourrait être source de grand espoir dans les projets de vaccins contre la Covid-19 ainsi que pour les plus de 50 millions de personnes déjà infectées dans le monde.

Longue durée, étude pleine d’espoir

L’immunité cellulaire par les lymphocytes T contre la Covid-19 dure au moins 6 mois, comme le résume un article du magazine anglais The Economist publié en novembre 2020. Ces conclusions proviennent d’une étude non encore publiée, en pre-print, mentionnée par The Economist en novembre 2020. Les scientifiques ont pu montrer que chez 100 personnes infectées par le SARS-Co-V2 toutes avaient 6 mois après l’infection des niveaux détectables de lymphocytes T ciblant le virus SARS-COV-2. C’est une très bonne nouvelle dans la lutte contre la pandémie globale de la Covid-19.
Il est intéressant de noter que pour le virus SARS-COV-1 à l’origine du SARS entre 2002 et 2003 des recherches ont montré que certains patients avaient une immunité cellulaire par lymphocytes T durant plus de 10 ans.

De plus, le fait que la concentration des anticorps diminue fortement après quelques mois comme l’ont montré plusieurs études n’est pas forcément catastrophique. Car tout indique que l’organisme exposé à nouveau au virus a la capacité de produire une nouvelle fois de nombreux anticorps pour détruire ou neutraliser le virus, c’est la mémoire immunitaire. Ce qu’on définit aussi comme immunité adaptative.

L’immunité innée vs. adaptative

L’immunologie est un domaine complexe. Pour simplifier on distingue deux formes d’immunité chez l’être humain, l’immunité innée et l’immunité adaptative. On parle aussi de réponse immunitaire innée et de réponse immunitaire adaptative. Quand un agent infectieux entre dans l’organisme humain comme le SARS-COV-2, c’est tout d’abord l’immunité innée qui se déclenche en quelques minutes ou heures. L’immunité innée est une ligne de défense précoce assurée par des cellules et molécules présentes en permanence et prêtes à éliminer les microbes infectieux comme les virus1. Les mécanismes de l’immunité innée sont variés avec plusieurs cellules et molécules impliquées : phagocytose, dégranulation, interférons, peptides antimicrobiens, etc. Il est intéressant de noter que l’organisme est capable de reconnaître les agents infectieux par des récepteurs (de patern) indiquant sa toxicité pour l’organisme comme par exemple un lipopolysaccharide d’une bactérie puis de déclencher la réponse immunitaire innée notamment par une inflammation. La réponse immunitaire innée n’est pas spécifique comme l’est l’immunité adaptative. La réponse immunitaire innée joue aussi un rôle clé dans l’apparition de la réponse immunitaire adaptative.

La réponse immunitaire adaptative met plusieurs jours, par exemple 7 jours, avant de se mettre en place. La réponse immunitaire adaptative mobilise des défenses adaptées spécifiquement à chaque agent pathogène comme ici au virus à l’origine de la Covid-19 (SARS-CoV-2). Ce système est aussi capable de garder une “mémoire” des rencontres précédentes, c’est à la base de la vaccination. Le système immunitaire adaptatif est constitué principalement de deux types de cellules, les lymphocytes B et les lymphocytes T. Les anticorps (antibodies en anglais, parfois aussi qualifiés d’immunoglobulines) sont produits grâce aux lymphocytes B. Les anticorps sont produits dans les lymphocytes B puis exposés sur les cellules, ensuite pour simplifier quand un agent infectieux spécifique se fixe sur l’anticorps, les lymphocytes B vont commencer à se diviser (expansion clonale) puis vont se différencier en plasmocytes, des cellules qui vont produire des anticorps. Ce sont donc les plasmocytes qui produisent en nombre très important les anticorps. Les anticorps ont plusieurs fonctions, ils peuvent se fixer au virus, puis ce complexe est phagocyté et donc détruit. Les anticorps peuvent aussi simplement neutraliser les agents infectieux (ex. virus). Il faut toutefois noter que les lymphocytes B, pour commencer la production d’anticorps, doivent être activés par les lymphocytes T grâce aux cellules dendritiques, qui sont eux capables de reconnaître un danger. Le danger (le “non soi”) est une condition nécessaire pour activer la réponse immunitaire adaptative à travers les lymphocytes T puis les lymphocytes B. 
Il existe dans l’organisme des millions de lymphocytes T dits naïfs (naive en anglais) qui circulent prêts à rencontrer l’agent infectieux comme un virus et se dédier par la suite à lutter contre lui. Ensuite, lorsque ces lymphocytes rencontrent une nouvelle fois l’agent infectieux, ils sont prêts à le détruire. Les lymphocytes T utilisent en fait les cellules tueuses T CD4 et T CD8 pour détruire les cellules infectées par un agent infectieux (ex. virus).  

Le 11 novembre 2020. Par Xavier Gruffat (pharmacien). Sources : The Economist.

Notes de bas de page et références :

  1. Cours de l’EPFL, Suisse : Introduction à l’immunologie: aspects fondamentaux, cours online accédé le 8 août 2020
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Informations sur la rédaction de cet article et la date de la dernière modification: 11.11.2020