Publicité

Interview avec une pédiatre pour mieux comprendre la bronchiolite

SION La Dresse Alyssa Wüest est pédiatre et spécialiste en néonatologie, elle nous aide à mieux comprendre la bronchiolite. Médecin-adjointe à l’Hôpital de Sion en Suisse, elle répond à toutes nos questions sur cette maladie qui touche environ 30% des nourrissons, selon des statistiques françaises récentes. La Dresse Wüest nous donne de précieuses informations pour savoir quand les parents doivent commencer à s’inquiéter et nous explique pourquoi le tabagisme passif est nocif.

Creapharma.chComment expliquez-vous simplement dans votre cabinet à un parent ce qu’est la bronchiolite ? Est-ce une simple “bronchite des enfants ou bébés” ou est-ce qu’il y a des différences avec la bronchite ?
Dresse Alyssa Wüest – Une bronchiolite est due à un virus qui atteint les dernières petites bronches (les bronchioles) dans les poumons et qui crée une inflammation à ce niveau ainsi que beaucoup de sécrétions, ce qui peut entrainer des difficultés respiratoires pour l’enfant. Cette maladie touche surtout les enfants de moins de 2 ans et prédomine chez les moins de 6 mois chez qui le système immunitaire est encore immature.
Bronchite et bronchiolite sont 2 entités différentes. La bronchiolite n’est pas une forme de bronchite. L’inflammation ne touche pas la même partie des voies respiratoires et le traitement est différent. Les formes graves sont surtout retrouvées dans les cas de bronchiolites.

Quels signes cliniques (symptômes) doivent absolument alerter un parent et inciter à contacter directement un pédiatre, voire se rendre aux urgences ?
Les premiers signes sont ceux d’un banal refroidissement : rhume, fièvre, petite toux. Après 3-4 jours les sécrétions peuvent augmenter ce qui aggrave la toux et crée des difficultés respiratoires.
Les parents doivent s’alerter :
– Dès que leur enfant respire anormalement : c’est-à-dire plus rapidement, s’il cherche son air, s’il présente un tirage (l’espace entre ses côtes se creuse), s’il siffle ou ronronne à cause des sécrétions
– Si la fièvre ne baisse pas ou dure plus de 3 jours
– Si l’alimentation devient difficile et que l’enfant prend moins des 2/3 de ses quantités habituelles (afin d’éviter une déshydratation)
Si l’enfant fait des apnées (c’est-à-dire qu’il s’arrête de respirer par moment) et s’il présente une cyanose (la peau et les lèvres deviennent bleutées) il ne faut plus attendre et se rendre au plus vite aux urgences.
Les bronchiolites sont fréquentes mais seuls 2 à 3% nécessitent une hospitalisation.

Pourquoi est-ce que le tabagisme passif est si problématique pour le nourrisson ou le petit enfant ?
Les particules de fumée ont une grande pénétrabilité des voies respiratoires en développement de l’enfant. Et comme les bébés ont une fréquence respiratoire plus élevée que celle de l’adulte, ils absorbent aussi plus de particules toxiques. Les particules présentes sur les habits du fumeur peuvent également être inhalées par l’enfant lorsqu’il est porté.
L’exposition aux particules de tabac rend l’arbre bronchique de l’enfant plus vulnérable, en engendrant une inflammation des muqueuses ainsi qu’une atteinte de la constitution des bronches. L’activité des cellules luttant contre les infections est en autre abaissée.

Cette saison hivernale 2020-2021 avec la pandémie de Covid-19, est-ce correct qu’il y a (eu) moins de cas de bronchiolite à cause notamment des gestes dits barrières : port du masque, distance sociale, utilisation d’alcool, lavage des mains ?
Il est vrai que les mesures d’hygiène appliquées durant cette période de coronavirus permettent de protéger les enfants d’autres virus, dont notamment ceux des bronchiolites. Ces gestes barrière diminuent la transmission des virus que ce soit par contact (par l’intermédiaire des mains ou objets contaminés) de part la désinfection des mains ou par gouttelettes (quand on éternue, tousse ou postillonne) de part le port du masque et la distanciation sociale.

Quels sont les traitements à disposition des parents ou pédiatres contre la bronchiolite (lorsque la maladie ne nécessite pas d’hospitalisation) ?Le traitement d’une bronchiolite est purement symptomatique :
– une bonne toilette nasale avec rinçages de nez fréquents au sérum physiologique pour dégager les voies respiratoires supérieures, surtout avant les repas et les phases de sommeil
– du paracétamol pour faire baisser la fièvre
– un fractionnement des repas et une bonne hydratation
En cas d’hospitalisation il est parfois nécessaire de mettre en place une assistance respiratoire, de donner de l’oxygène, et de poser une sonde naso-gastrique ou une perfusion pour alimenter l’enfant.

Est-ce qu’une bronchiolite peut affecter la vie de l’enfant plus tard. Autrement dit, est-ce que par la suite l’enfant pourra avoir des problèmes au niveau des bronches parce qu’il a eu cette maladie étant petit ?
Les bronchiolites sévères restent une cause de décès importante chez les nourrissons dans les pays en voie de développement. La grande majorité des bronchiolites dans nos contrées récupèrent en une dizaine de jours sans aucune séquelle plus tard. Un enfant ayant fait une bronchiolite est toutefois plus à risque de redévelopper une atteinte obstructive pulmonaire telle que bronchiolite ou bronchite. Ceci ne signifie toutefois pas que l’enfant sera asthmatique.

Creapharma.ch remercie la Dresse Alyssa Wüest de nous avoir accordé cet entretien.

Hôpital de Sion, où la Dresse Wüest travaille

Le 5 février 2021. Interview réalisé par e-mail entre fin janvier et début février 2021, par Xavier Gruffat (pharmacien, Creapharma.ch). La rédaction de Creapharma.ch a contribué à cet interview.
Crédits photos : Dresse Alyssa Wüest / Hôpital de Sion (Valais)

Inscrivez-vous à notre newsletter (gratuit)     Lire aussi :
Informations sur la rédaction de cet article et la date de la dernière modification: 18.02.2021

Publicité