7 informations intéressantes que les médecins ne vous diront probablement pas

prostata11NEW YORK – Grâce à internet le patient peut avoir accès à toujours plus d’informations, mais certaines restent en partie cachées ou secrètes.
L’idée de cet article n’est pas de remettre en cause l’honnêteté des médecins qui font la plupart du temps un excellent travail. De plus, il faut savoir qu’ils ont toujours moins de temps à consacrer aux patients et doivent se concentrer sur l’essentiel, souvent à cause de la pression des « payeurs » (assurance maladie, sécurité sociale) qui exigent une rentabilité maximale. Toutefois, comme dans toute profession, il y a certaines zones d’ombre qui peuvent être utiles de connaître. Creapharma.ch fait le point sur 7 aspects intéressants qui restent souvent secrets pour les patients. Il ne s’agit pas d’une exclusivité de Creapharma.ch, de nombreux médias à travers le monde ont déjà publié des articles sur la même logique. Dans cet article, nous nous référons au maximum à des études scientifiques et à des sources sérieuses (voir Références en bas de l’article). 


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Les 15 médicaments les plus innovants de ces 25 dernières années1. Se rendre aux urgences le week-end est souvent plus risqué – l’ « effet week-end »
Une étude publiée en 2016 a montré que les patients hospitalisés le week-end pour des calculs rénaux attendaient plus longtemps avant de recevoir un traitement d’urgence par rapport à ceux venant en semaine. Aux Etats-Unis, environ 1 personne sur 10 a dans sa vie des calculs rénaux.
Selon 2 écoles de médecine américaines (Loyola Medicine et Loyola University Chicago Stritch School of Medicine) qui ont réalisé cette étude, les patients souffrant de calculs rénaux à un stade avancé avaient 26% plus de risque de recevoir un traitement avec du retard comparé à ceux venant la semaine. Ce phénomène porte le nom d’ « effet du week-end » (en anglais « weekend effect »).


AbsintheDans cette étude, les chercheurs de la région de Chicago ont étudié les données de plus de 10’000 patients admis dans des hôpitaux de Floride et de Californie qui ont reçu un traitement en urgence lors de caillots rénaux appelé décompression (drainage de l’urine hors du rein). Les scientifiques ont considéré que ce traitement d’urgence était dit retardé s’il intervenait plus de 48 heures après l’admission. Cette étude a été publiée dans la revue scientifique Journal of Urology en 2016.

D’autres études concernant des maladies différentes que les calculs urinaires avaient déjà relevé cet « effet du week-end » avec notamment des séjours hospitaliers supérieurs à la moyenne, des taux de mortalité plus élevés ou encore un taux de réadmission en hôpital supérieur.

Une étude britannique réalisée par l’Imperial College de Londres (voir référence en bas de l’article) publiée en mai 2013 dans le BMJ a montré que le vendredi et les 2 jours du week-end étaient des jours plus à risque que les autres jours de la semaine (lundi à jeudi) pour se faire opérer.

Pour un patient opéré le vendredi, le risque de mortalité 1 mois après était 44% supérieur à un patient opéré le lundi, et même 82% supérieur pour un patient opéré le week-end toujours en comparaison au lundi.
10 aliments et boissons pour lutter contre la fatigueL’origine principale de ces différences proviendrait d’une plus grande fatigue des équipes médicales en fin de semaine. Le vendredi, certains médecins sont aussi déjà en week-end ou en formation continue (ex. congrès), ce qui augmente le risque de complications médicales et de mauvais traitements.
Néanmoins, une polémique a éclaté en mai 2016 au Royaume-Uni par rapport à cet « effet week-end » suite à une étude réalisée par l’Université de Manchester. Pour cette université anglaise, les études relevant cet « effet week-end » se baseraient sur des statistiques erronées. Affaire à suivre, en tout cas pour les données provenant du Royaume-Uni.

goutte diagnostic2. Les erreurs médicales mènent à de nombreux cas de décès.
Selon une étude publiée le 4 mai 2016 dans la revue scientifique de référence British Medical Journal (BMJ), les erreurs médicales étaient en 2013 la 3ème cause de décès aux Etats-Unis avec plus de 250’000 morts, juste après les maladies cardiovasculaires et le cancer avec chacun environ 600’000 morts. Ces erreurs sont provoquées par de nombreuses causes différentes, que cela soit au niveau des soins, du diagnostic ou des traitements (ex. médicaments). Selon les scientifiques de l’Ecole de Médecine de l’Université Johns Hopkins qui ont réalisé cette étude, le nombre d’erreurs médicales pourrait être encore plus haut, si celles commises dans les maisons de soins ou en ambulatoire (ex. médecin de ville ou campagne) étaient prises en compte. Comme il n’existait pas de données fiables à ce sujet, seulement les statistiques hospitalières ont été étudiées.
En savoir plus sur cette étude

3. L’industrie pharmaceutique est très puissante et sait faire preuve de beaucoup d’influence.
Dose codolipraneMalgré des changements législatifs opérés à travers le monde, par exemple dans certains états américains où l’industrie pharmaceutique ne peut plus offrir de stylos ou autres petits cadeaux aux médecins, l’industrie “pharma” reste très influente grâce à différentes méthodes de marketing. Le sponsoring de congrès, l’invitation à présenter une étude ou y participer et des dîners de formation continue restent des moyens très utilisés pour influencer les médecins. Sans compter qu’aux Etats-Unis, il est possible pour l’industrie pharmaceutique de faire de la publicité sur les grandes chaînes de télévision, les fameux networks (ex. CBS, NBC, ABC et Fox), et donc de communiquer directement avec les patients.
Il faut savoir que le chiffre d’affaires annuel de l’industrie pharmaceutique est d’environ 1’000 milliards de dollars, l’un des secteurs les plus riches et rentables de la planète. Certains économistes estiment que l’industrie pharmaceutique est tout simplement le secteur le plus rentable au monde.
Les Etats-Unis représente une part très importante du marché pour deux raisons, premièrement car c’est la première économie mondiale et deuxièmement parce qu’ils consacrent une part très importante à la santé, environ 20% du PIB (selon des chiffres du magazine britannique de référence The Economist). Autrement dit, les médicaments sont très chers aux Etats-Unis. On peut donc affirmer que ce sont les Etats-Unis qui “tirent” et influencent l’industrie pharmaceutique mondiale, pour le meilleur et parfois pour le pire. Le meilleur est que grâce au marché américain il est possible de développer des médicaments innovants par exemple contre le cancer ou l’hépatite, l’effet négatif est que ces nouveaux médicaments sont toujours plus chers, comme c’est le cas de médicaments récemment mis sur le marché conte l’hépatite C. Beaucoup de pays d’Europe se basent sur les prix pratiqués aux Etats-Unis pour fixer la fourchette de prix sur le Vieux Continent.

Une autre statistique intéressante est que le budget marketing (qui inclut aussi les forces de vente) de l’industrie pharmaceutique est souvent plus élevé que celui de la recherche.

Ce que le patient doit retenir est que parfois le médecin va prescrire, souvent de façon inconsciente, un médicament davantage pour son pouvoir de marque (branding) plutôt que pour son efficacité.

4. Attention aux antidouleurs opiacés comme la morphine et ses dérivés.
En cas de maladie très douloureuse, certains médecins vont prescrire des opiacés. Il faut être très prudent, car ces médicaments peuvent mener à une grave dépendance. Seulement aux Etats-Unis, 44 personnes meurent tous les jours d’effets secondaires de ces médicaments, suite par exemple à une overdose. Les personnes dépendantes aux opiacés ont aussi un risque beaucoup plus élevé que la moyenne de consommer des substances illicites comme l’héroïne (qui est un opiacé). 

Risque de dépendance (étude de la Mayo Clinic)
Selon une étude de la Mayo Clinic datant de 2015, un patient se voyant prescrire des opiacés contre la douleur pour la première fois a environ 1 probabilité sur 4 de passer à une consommation d’opiacés sur une période de plusieurs mois, parfois plus. Dans cette étude publiée dans la revue spécialisée Mayo Clinic Proceedings en juillet 2015, les chercheurs ont analysé des données provenant de 293 patients se voyant prescrire en 2009 pour la première fois des antidouleurs opiacés (en anglais: opioid painkiller) comme l’oxycodone, la morphine, l’hydromorphone, l’oxymorphone, l’hydrocodone, le fentanyl, la meperidine, la codéine ou la méthadone.
Ils ont découvert que 21% de ces 293 patients, ou 61 personnes, sont passés d’une consommation  d’opiacés sur une courte période vers une prescription médicale durant entre 3 et 4 mois, et 6%, ou 19 personnes sont passés à une prescription durant plus de 4 mois. Les personnes qui fumaient et présentaient un historique de dépendance à d’autres substances présentaient un risque supérieur de dépendance aux opiacés, selon cette étude. Davantage d’informations sur cette étude (en anglais)

les trois paliers de la douleur

Il est donc fondamental que le patient ou l’entourage (parfois le patient n’a pas les moyens de décider) puissent bien peser les avantages et inconvénients de commencer une thérapie à base d’opiacés. Dans certains cas, par exemple si la douleur est insupportable et qu’il n’existe aucune alternative, la prescription d’opiacés peut être l’unique solution. Mais dans d’autres le médecin devrait vous aider à trouver d’autres alternatives. Citons par exemple l’utilisation toujours plus fréquente aux Etats-Unis d’injections d’anesthésique dans certains nerfs grâce à un cathéter quelques jours après une opération, comme celle de l’épaule, pour éviter l’utilisation d’opioïdes.

5. Un médecin ne vous dira pas toujours (toute) la vérité.
Selon un questionnaire réalisé en 2009 aux Etats-Unis avec 1891 médecins qui ont répondu, 11% ont admis avoir menti à leurs patients pendant l’année précédente. Ce questionnaire a été développé par l’Ecole de Médecine d’Harvard à Boston (lire en bas pour référence de l’article).

fièvre résuméVoici un exemple rapporté par un pédiatre américain, sans lien avec l’étude d’Harvard ci-dessus. Si un parent vient le voir car son enfant souffre de fièvre, il va simplifier son discours en affirmant que la cause est une maladie virale. Même si théoriquement une fièvre peut être le symptôme d’un cancer, il évitera de mentionner toutes les causes possibles de la fièvre. La preuve qu’un médecin « humanise » la médecine et ne se comporte pas comme un robot ou algorithme qui probablement énoncerait toutes les causes possibles de la fièvre chez un enfant (à voir sur notre page Causes fièvre), une liste sans fin qui provoquerait une certaine anxiété chez les parents.


Les erreurs médicales (voir point 2.) sont aussi un problème fréquent pour le corps médical. Rarement un médecin va admettre au patient une erreur médicale, souvent par peur d’un procès ou d’autres complications administratives.

6. Le taux de suicide des médecins (en tout cas aux Etats-Unis) est très élevé. Les femmes médecin sont particulièrement à risque.
Près d'un tiers des jeunes médecins souffrent de dépression
Aux Etats-Unis plus de 900’000 Américains perdent leur médecin chaque année à cause d’un suicide. Environ 400 médecins de suicident chaque année aux Etats-Unis, sur 10 ans c’est environ 4’000, un chiffre considérable.
Selon des études de 1996 et de 2005, le taux de suicide des médecins est 2 fois plus élevé que dans la population normale. Chez les femmes, le taux de suicide est même 3 fois plus élevé que pour les hommes médecins. Le taux de suicide de la population en général est de 13 pour 100’000 habitants aux Etats-Unis.
Les causes de ce taux de suicide élevé des médecins, en plus du stress et des horaires irréguliers, reposerait sur la peur qu’ont beaucoup de médecins de se confier à un confrère. Ces médecins en crise psychique veulent aussi éviter une sorte d’ « humiliation » en perdant un certain statut social, comme si un médecin ne pouvait pas lui-même être malade.

L’aspect positif est qu’aux Etats-Unis, le suicide est de moins en moins un tabou, autant chez les médecins que dans la population générale. Dans le métro de San Francisco (Californie) on pouvait voir en 2016 de nombreuses publicités dans la lutte contre le suicide.

7. Chirurgies inutiles.
Selon un article publié en 2013 dans le journal grand public américain
USA Today (voir référence en bas de l’article), 10 à 20% des chirurgies réalisées aux Etats-Unis seraient inutiles. Les chirurgies orthopédiques et cardiaques sont particulièrement concernées par cette problématique.

Remarques : beaucoup d’informations proviennent des Etats-Unis, pays dans lequel on dispose de beaucoup de statistiques et d’informations fiables. Dans le futur nous pourrions imaginer un article avec plus de références à la France ou à d’autres pays francophones comme la Suisse, la Belgique ou le Canada. Si nous disposons de davantage d’informations pour ces pays, nous mettrons à jour cet article.

Article mis à jour le 5 mai 2017. Par Xavier Gruffat (pharmacien dipl. EPF Zurich, dipl. MBA).
Sources : Fastcompany.com (partie sur le suicide), USA Today, British Medical Journal, Rock Health (newsletter du 16 mai 2016), Questionnaire de l’Ecole de Médecine d’Harvard (Survey shows that at least some physicians are not always open or honest with patients. Li Iezzoni et autres, Harvard Medical School), Day of week of procedure and 30 day mortality for elective surgery. P. Aylin et autres. Imperial College London, The Wall Street Journal

Infographies: rédaction de Creapharma.ch – Crédits photos: Fotolia.com

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Informations sur la rédaction de cet article et la date de la dernière modification: 10.09.2017

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