La prise de paracétamol pendant la grossesse associée à un retard du langage chez les filles

grossesse cause fatigueNEW YORKDans la première étude de ce type, des chercheurs de l’Ecole de Médecine Icahn de l’hôpital Mount Sinai à New York ont découvert un taux anormalement élevé de retard de langage chez des filles âgées de 30 mois nées de mères qui ont pris du paracétamol pendant leur grossesse, mais pas chez les garçons. Aux Etats-Unis et au Canada, le paracétamol porte le nom d’acétaminophène (en anglais acetaminophen), c’est l’une des très rares molécules qui a un nom entièrement différent entre le français et l’anglais. Le paracétamol est l’un des médicaments les plus utilisés dans le monde, il agit principalement comme antidouleur et fébrifuge (contre la fièvre). Il s’agit de la première étude qui a examiné le développement du langage en relation avec les niveaux de paracétamol dans l’urine.


Structure de  l’étude


Pour réaliser leur travail, les chercheurs new-yorkais ont pris en compte une banque de données suédoise, la Swedish Environmental Longitudinal, Mother and Child, Asthma and Allergy study (SELMA). Des informations ont été recueillies auprès de 754 femmes ayant participé au SELMA aux semaines 8 à 13 de leur grossesse. Les chercheurs ont demandé aux participantes de déclarer le nombre de comprimés de paracétamol qu’elles avaient pris entre la conception et la participation à l’étude. Les scientifiques ont aussi mesuré la concentration dans leur urine au début de leur participation à l’étude. La fréquence du retard de langage, défini comme l’utilisation de moins de 50 mots, a été mesuré à la fois par l’évaluation d’une infirmière et par un questionnaire de suivi rempli par les participantes sur les avancées linguistiques de leur enfant à 30 mois.

Comparaison entre les femmes

Le paracétamol était utilisé par 59% des femmes au début de leur grossesse. L’utilisation du paracétamol était quantifiée par 2 moyens : utilisation élevée et aucune utilisation. Autrement dit, les scientifiques ont comparé les femmes consommant beaucoup de paracétamol pendant leur grossesse à celles ne consommant pas de cet antidouleur. Pour l’analyse d’urine, le volume (quartile) supérieur de paracétamol a été comparé au volume inférieur.

Résultats – plus de 6 fois

Le retard de langage a été observé chez 10% de tous les enfants ayant participé à l’étude, avec des retards plus importants chez les garçons que chez les filles en général. Cependant, les filles nées de mères plus exposées – celles qui ont pris du paracétamol plus de six fois en début de grossesse – étaient près de 6 fois plus à risque d’avoir un retard de langage que les filles de mères qui ne prenaient pas du paracétamol. Ces résultats sont en accord avec des études rapportant une diminution du QI et des problèmes de communication accrus chez les enfants nés de mères qui ont utilisé du paracétamol de façon marquée pendant la grossesse.

L’étude SELMA suivra les enfants et réexaminera le développement du langage à l’âge de sept ans.

Très prescrit chez les femmes enceintes

Le paracétamol est couramment prescrit pendant la grossesse pour soulager la douleur et la fièvre. On estime que 65% des femmes enceintes aux États-Unis utilisent ce médicament, selon les Centers for Disease Control and Prevention (CDC).

Consommer le moins possible de paracétamol

«Compte tenu de la prévalence de l’utilisation prénatale du paracétamol et de l’importance du développement du langage, nos résultats, s’ils sont reproduits, suggèrent que les femmes enceintes devraient limiter leur consommation de cet analgésique pendant la grossesse», explique Dr Shanna Swan de l’École de médecine Icahn l’hôpital Mount Sinai. Elle conclut le communiqué : « Il est important pour nous de regarder le développement du langage, car il est prouvé qu’il peut être prédictif d’autres problèmes de développement du système nerveux chez les enfants. » Des troubles du développement du système nerveux peuvent notamment être l’hyperactivité ou l’autisme.

Cette étude a été publiée le 10 janvier 2018 dans le journal scientifique European Psychiatry (DOI : 10.1016/j.eurpsy.2017.10.007).

Le 13 janvier 2018. Par Xavier Gruffat (pharmacien). Sources : communiqué de presse de l’étude en français, dossier écrit sur le paracétamol sur Creapharam.ch. Référence : European Psychiatry (DOI : 10.1016/j.eurpsy.2017.10.007).
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Informations sur la rédaction de cet article et la date de la dernière modification: 13.01.2018

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