Le cancer est dans la majorité des cas lié à la malchance

BALTIMOREChaque jour des dizaines d’études médicales sont publiées à travers le monde, principalement provenant des Etats-Unis et du Royaume-Uni. La plupart de ces travaux de recherche passent logiquement inaperçus mais certains comme celui décrit dans cet article font les grands titres y compris des médias généralistes. Selon une étude américaine récente le cancer est dans la majorité des cas provoqué par la malchance, à cause d’erreurs génétiques au moment de la division cellulaire. L’hérédité et les facteurs environnementaux sont minoritaires dans le développement d’un cancer. Des différences importantes existent toutefois d’un cancer à l’autre. 


Ce ne serait pas correct de comprendre le cancer sans prendre en compte la malchance, comme nous prenons déjà en compte l’hérédité et l’environnement dans la survenue du cancer.~Dr. Martin Nowak - Université d’HarvardSource: Science - Edition mars 2017

Une équipe, sous la direction notamment du Dr Beat Vogelstein et du Dr. Cristian Tomasetti de la renommée université Johns Hopkins à Baltimore aux Etats-Unis, ont analysé les données de patients souffrant de 32 types de cancer dans 69 pays différents représentant environ 4,8 milliards d’habitants. Les résultats ont clairement montré qu’il ne s’agissait pas du style de vie de ces individus, ni de l’environnement ou des facteurs héréditaires qui influençaient le plus sur la survenue du cancer mais des problèmes liés à des erreurs au moment de la division des cellules souches.

2 tiers des cas


ADNSans rentrer dans trop de détails au niveau biologique, beaucoup de cellules de notre organisme se divisent fréquemment et rapidement comme par exemple dans l’intestin. Lors de la division d’une cellule qui se nomme mitose, le matériel génétique (ADN) est copié pour la création de la nouvelle cellule. Des erreurs peuvent se produire à ce moment et selon les chercheurs américains cela représente jusqu’à 2 tiers des cas de tumeurs. Ils ont découvert que 66% des cas de cancer provenaient d’erreurs de copie, 29% de facteurs environnementaux et du style de vie et 5% à cause de l’hérédité, c’est-à-dire des gènes hérités des parents. On sait par exemple que certains gènes appelés BRCA1 ou BRCA2 augmentent le risque de cancer du sein.

Multiplication incontrôlable

Pendant une vie, un être humain produit des milliards de nouvelles cellules. Lors d’une division cellulaire, on compte en moyenne 3 erreurs au hasard au niveau de l’ADN. La plupart du temps, ces erreurs sont sans conséquence grave mais une petite partie de ces erreurs ont lieu au niveau d’un gène qui va ensuite activer une réplication cellulaire incontrôlable menant au cancer.

« Pas de votre faute ! »

Le Dr. Tomasetti estime que ces erreurs de copies au hasard lors de la division cellulaire vont devenir toujours plus fréquentes à cause du vieillissement de la population dans nos sociétés. Plus on vieillit et plus on augmente la probabilité d’une division cellulaire problématique. Comme cela représente un nombre élevé de cas de cancer, le Dr. Vogelstein explique que les personnes qui ont développé la maladie tout en ayant mené une vie saine en évitant notamment des facteurs de risque devraient être réconfortées par cette étude. Il précise : « Ce n’est pas de votre faute. Rien de ce que vous avez fait ou n’avez pas fait était la cause de votre cancer. »

Ne pas oublier la prévention

Dans la pratique, les auteurs de l’étude relèvent qu’il faudrait améliorer une détection et un traitement précoce du cancer. Les scientifiques parlent dans ce cas de « prévention secondaire ».
En effet, dans certains cancers comme celui de la prostate, presque toutes les mutations proviennent d’erreurs dans la division cellulaire. Dans ce cas il s’agit de l’une des seules options de guérison.

Même si la malchance (hasard) est responsable de la majorité des cas de cancer, cela ne veut pas dire qu’il faut oublier la prévention comme le relèvent les chercheurs. Par exemple les facteurs environnementaux comme le tabac jouent un rôle majoritaire (65%) dans la survenue du cancer du poumon. Les scientifiques parlent dans ce cas de « prévention primaire » et incitent à tout faire pour diminuer les facteurs de risque en évitant de fumer dans ce cas précis.

Au contraire, dans le cancer du pancréas les causes seraient provoquées à 77% par des erreurs de copies de l’ADN dans la division cellulaire, par 18% de facteurs environnementaux comme le tabagisme et par 5% de l’hérédité. On sait aussi que la plupart des cancers touchant les enfants comme la leucémie sont causés par des erreurs de copies de l’ADN.

Etude précédente polémique

Dans une étude précédente de 2015 également publiée par le Dr Vogelstein et son équipe ayant aussi montré que la majorité des cas de cancer provenaient simplement de la « malchance », les critiques avaient été nombreuses. Dans l’étude de 2015, les scientifiques expliquaient notamment comment une erreur de copie dans la division cellulaire pouvait expliquer pourquoi certains organes sont plus sujets au cancer comme le côlon (cancer colorectal), avec de nombreuses divisions cellulaires, que le cerveau (cancer du cerveau). Cette nouvelle étude qui a pourtant porté sur des données de nombreux pays et pas seulement sur les Etats-Unis comme en 2015 pourrait aussi être critiquée par la communauté scientifique. Certains lui reprochent de négliger l’aspect environnemental et le style de vie en mettant en avant le facteur chance. Le Dr. Martin Nowak de l’Université d’Harvard qui a commenté l’étude de 2017 dans la revue Science explique pourtant : « Ce ne serait pas correct, de comprendre le cancer sans prendre en compte la malchance, comme nous prenons déjà en compte l’hérédité et l’environnement dans la survenue du cancer. »

Cette étude a été publiée le 24 mars 2017 dans le prestigieux journal scientifique américain Science, souvent considéré avec le britannique Nature comme l’un des deux meilleurs journaux scientifiques au monde.

Le 24 mars 2017. Sources : communiqué de presse de l’étude, ATS (avec la collaboration de notre site partenaire Pharmapro.ch, client de l’ATS), étude. Lien vers l’étude : http://science.sciencemag.org/content/355/6331/1330
Crédit photo : Fotolia.com

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Informations sur la rédaction de cet article et la date de la dernière modification: 12.06.2017