Vaccin Moderna (contre la Covid-19) – L’immunité collective remise en cause

Le vaccin du laboratoire Moderna est utilisé en prévention de la Covid-19, notamment des formes graves de la maladie. Le nom du vaccin est MRNA-1273. Il s’agit d’un vaccin à ARN, plus précisément d’ARN messager ou mRNA en anglais (plus d’informations ci-dessous). Le vaccin est administré par voie intramusculaire dans le muscle du bras supérieur en deux doses à 28 jours d’écart1.
Comme l’ARN messager, bien qu’enveloppé dans une particule de graisse, est fragile ce vaccin doit être conservé dans des réfrigérateurs à -20°C. C’est mieux (moins froid) que le vaccin à ARN de Pfizer/BioNTech qui doit être conservé à environ -70°C.

Dans quels pays le vaccin a-t-il été enregistré ?
– Etats-Unis : 18 décembre 2020 (par la FDA)
– Canada : 23 décembre 2020 (par Santé Canada)
– Israël : 4 janvier 2021
– Union européenne (UE) : 6 janvier 2021 (par l’Agence européenne des médicaments EMA)
– Royaume-Uni : 8 janvier 2021 – le vaccin sera seulement disponible au printemps 2021
– Suisse : 12 janvier 2021 (la Suisse avait commandé 7,5 millions de dose de ce vaccin, état au 12 janvier 2021)

Où le vaccin est-il fabriqué ?
Lonza (Lonza Group AG) est le principal sous-traitant industriel de Moderna. Lonza est notamment responsable de la production de l’ingrédient principal du vaccin. L’usine Lonza basée à Viège (Visp en allemand) dans le canton du Valais en Suisse devrait être capable de produire 300 millions de doses du vaccin Moderna d’ici l’année 2022, selon un article du Wall Street Journal paru le 5 janvier 2021. Pour être précis, l’article du WSJ ne cite pas de façon spécifique la ville de Viège mais parle d’une usine Lonza basée en Suisse, tout indique qu’il s’agit d’une usine basée à Viège.
Lonza produit le principe actif en Valais pour le compte de Moderna pour tous les marchés à l’exception des Etats-Unis. Le partenaire stratégique des Américains en Europe est Rovi en Espagne2.

Efficacité du vaccin :
Le vaccin est efficace à 94,1% pour prévenir la Covid-19, selon un communiqué de presse.
Efficacité contre les variants du virus :
Le vaccin à ARN de Moderna serait efficace contre deux variants problématiques, ceux identifiés au Royaume-Uni et en Afrique du Sud, selon un communiqué de presse du laboratoire américain Moderna diffusé le lundi 25 janvier 2021. Concernant le variant dit brésilien, nous n’avons pour le moment pas d’informations à ce sujet mais selon l’agence de presse suisse Keystone-ATS les experts s’attendent à ce que le vaccin “protège contre les variants détectés à cette date”. Une injection de deux doses du vaccin de Moderna devrait donc protéger contre ces deux nouvelles souches (variants) détectées à ce jour, a assuré la société. Mais la société Moderna travaille sur un booster (rappel ou 3ème dose, si on en croit la traduction du journal de France 2) du vaccin, car il produit beaucoup moins d’anticorps – environ 6 fois moins – contre le variant identifié en Afrique du Sud, selon le New York Times du 25 janvier 2021.

Vaccination chez des personnes infectées par le passé
Le vaccin de Moderna (tout comme un autre vaccin à ARN, celui de Pfizer/BioNTech) s’est montré sûr, sans risque d’effets secondaires graves, chez des personnes infectées naturellement par le virus de la Covid-19 par le passé3. Les spécialistes de la maladies et des vaccins recommandent la vaccination contre la Covid-19 chez des personnes ayant eu le virus par le passé, notamment car on ignore combien de temps dure l’immunité (autant naturelle que par le vaccin).

Conservation du vaccin :
Le vaccin Moderna doit être conservé à moins 20 degrés. Dans des boîtes d’expédition spécialement conçues, la préparation peut être transportée pendant 15 jours au maximum.
Le vaccin Moderna est stable pendant 30 jours à la température du réfrigérateur et 12 heures à la température ambiante. Le vaccin Moderna doit être utilisé dans les 6 heures suivant la première utilisation4.

Contre-indications :
Les personnes ayant une réaction allergique à l’un des ingrédients ou ayant des réactions allergiques graves après une dose précédente du vaccin.

Protection contre la maladie, et contre la transmission ?
Le vaccin protège contre la maladie et les formes graves (y compris mortelles) avec une réduction d’environ 95% par rapport aux personnes non vaccinées (groupe placebo).
Par contre, on ne sait pas encore (en tout cas fin décembre 2020) si le vaccin et notamment celui de Moderna diminue aussi la transmission du virus et donc agira de façon significative pour mettre fin à la pandémie globale ou à une épidémie plus locale. Il est possible que des personnes vaccinées puissent développer des symptômes légers au niveau des voies respiratoires supérieures (et pas inférieures comme le poumon) comme le nez avec par exemple un rhume et donc présenter une capacité de transmettre le virus à d’autres personnes5. En théorie et si cette hypothèse se confirme, cela ne mettrai pas un frein total à la pandémie de Covid-19 et devrait inciter les gens à continuer les gestes barrières (lavage des mains, port de masque,…) pendant quelques mois ou années.

Durée efficacité du vaccin :
Le vaccin Moderna devrait être efficace pendant au moins un an, selon la société qui a communiqué à ce sujet début janvier 20216.

Comment fonctionne un vaccin à ARN ?
Un vaccin à ARN ou à ARN messager (mRNA en anglais) consiste à injecter des nanoparticules de graisses qui “entourent” l’ARN messager, comme une enveloppe. Les molécules de graisse sont importantes pour protéger l’ARN qui est très fragile. En français on parle aussi d’un vaccin à morceaux d’ARN. Au contact des tissus humains, les molécules de graisse se séparent permettant à l’ARN d’entrer dans les cellules humaines (voir aussi infographie ci-dessous). Ces cellules vont commencer à fabriquer des protéines du SARS-CoV-2 (comme les Spikes proteins). La synthèse de ces protéines virales se fait dans les ribosomes, ces derniers traduisent l’ARN en protéines. Les ribosomes se trouvent dans le cytoplasme, la partie de la cellule qui entoure le noyau.
Le système immunitaire produit ensuite des anticorps dirigés contre le SARS-CoV-2, le virus à l’origine de la Covid-19. 
D’un point de vue pratique, l’ARN du vaccin va pénétrer dans quelques cellules musculaires, comme l’injection se fait au niveau du bras dans le tissu musculaire. Ces cellules vont donc temporairement fabriquer dans le cytoplasme (ribosomes) les protéines S (Spikes proteins). Ces protéines seront relarguées dans l’organisme, avec une reconnaissance future par le système immunitaire, c’est le concept de tout vaccin.


Il n’est pas possible à l’ARN de s’intégrer dans un génome humain (noyau cellulaire), constitué d’ADN. Pour que l’ARN s’intègre dans un ADN humain il doit être transcrit de façon inverse (rétrotranscription), ce processus n’est pas spontané au niveau cellulaire. Il faut savoir que l’ARN est une molécule très fragile, dégradé en 48h dans l’organisme humain.
En 2005, des chercheurs de l’Université de Pennsylvanie (Etats-Unis), Katalin Kariko et Drew Weissman, ont découvert un moyen de modifier l’ARNm pour éviter qu’il provoque une inflammation lorsqu’il est injecté dans une cellule7. Avant cette découverte, l’utilisation d’ARNm était impossible pour un vaccin à destination chez un être humain.

Avantages :
– L’avantage des vaccins ARN (mRNA) est qu’ils sont considérés comme plutôt sûrs, c’est-à-dire avec peu d’effets secondaires, car ils ne contiennent pas le virus en entier.
– Les vaccins à ARN sont aussi plus rapides à développer qu’un vaccin à base de virus (lire ci-dessous).
– Les vaccins ARN ont pour particularité de pouvoir être produits très facilement en très grande quantité, à la différence d’autres vaccins comme ceux avec un vaccin inactivé.
Désavantages :
– Les désavantages sont une réponse immunologique plus faible et temporaire, ce qui demande deux doses ou plus du vaccin, qu’avec d’autres types de vaccins (ex. virus inactivé).
– Un autre problème est qu’il faut souvent une chaîne du froid très avancée, car le vaccin se conserve dans certains cas à une température inférieure à -70°C. Cette chaîne du froid est peu réaliste dans des pays à faible revenu comme en Afrique. C’est le cas pour le vaccin de Pfizer, mais la préparation de Moderna devrait selon l’entreprise rester stable à des températures de réfrigération de -20°C.

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Lire aussi : vaccination contre la Covid-19

Sources :
Le Figaro, AFP, Keystone-ATS, The Wall Street Journal, The New York Times.

Références études :
N/A

Rédaction :
Xavier Gruffat (pharmacien)

Dernière mise à jour :
26.01.2021

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Notes de bas de page et références :

  1. France Info, France TV Info, article mis à jour le 6 décembre 2020
  2. Keystone-ATS, 12 janvier 2021
  3. The Wall Street Journal, édition du 21 décembre 2020
  4. Keystone-ATS, 12 janvier 2021
  5. NZZ.ch, site du journal suisse en allemand de référence, édition du 27 décembre 2020
  6. Keystone-ATS, 12 janvier 2021
  7. Estado de S.Paulo, important journal brésilien, édition du 13 décembre 2020
Informations sur la rédaction de cet article et la date de la dernière modification: 26.01.2021