Les femmes plus à risque de mourir une année après une crise cardiaque

Série différences homme-femme en médecine
Le cœur des femmes, plus fragile que celui des hommesMUNICHLa crise cardiaque (infarctus du myocarde) est une plus grande menace pour les femmes que pour les hommes. Une équipe de l’université allemande Technical University of Munich (TUM) a découvert que pendant l’année qui suit la crise cardiaque, les femmes ont un risque de mortalité significativement plus élevé que les hommes. Les scientifiques allemands exhortent les médecins à fournir un soutien intensif aux femmes victimes d’un infarctus du myocarde, principalement pendant les 365 jours après la crise. Cette étude vient confirmer d’autres travaux de recherche publiés par le passé qui ont montré que les femmes ont en général un cœur plus fragile que les hommes. Le syndrome du cœur brisé qui touche surtout les femmes de plus de 50 ans et qui ne doit pas être confondu avec l’infarctus du myocarde est une autre illustration de cette différence entre hommes et femmes lorsqu’il s’agit de santé cardiaque.


Hommes et femmes

La crise cardiaque est souvent considérée comme une maladie principalement masculine, comme le souligne le communiqué de presse de l’étude. C’est une affirmation correcte dans le sens où les hommes représentent environ 2 tiers des patients hospitalisés après une crise cardiaque. Néanmoins, des études récentes ont montré que les femmes présentaient une incidence plus élevée de mourir d’une crise cardiaque et de leurs conséquences que les hommes. Relevons aussi que la fréquence cardiaque est 10% plus rapide pour les femmes que les hommes, le cœur d’une femme bat entre 60 et 80 fois par minute et de 55 à 70 battements par minute chez les hommes. De plus, le diamètre des artères coronariennes est 15% plus étroit chez les femmes que chez les hommes.

Autres origines

Une raison est que les femmes souffrent de crises cardiaques « différentes », statistiquement elles ont tendance à avoir une crise cardiaque en moyenne 10 ans après les hommes et souffrent davantage de certaines maladies comme le diabète. De plus, l’origine de la crise cardiaque chez la femme est moins souvent provoquée par un rétrécissement des vaisseaux sanguins qui peut être soigné relativement facilement (par élargissement). A la place, elles souffrent plus fréquemment d’une maladie coronarienne artérielle diffuse. Dans ce cas, une ablation locale présente moins de chance de réussite.

Question de diagnostic


Chez l’homme, dans 90% des cas (lorsque les symptômes se manifestent), les symptômes de l’infarctus du myocarde sont clairs et se caractérisent notamment par une douleur violente et intense dans la poitrine qui irradie dans le bras et l’épaule gauche. Une forte transpiration est souvent présente. Chez la femme, les symptômes de l’infarctus du myocarde sont dans 70% des cas peu marqués au niveau de l’intensité et se manifestent aussi sous forme de mal de dos, de troubles du sommeil, des douleurs dans le cou et la mâchoire, de fatigue, de brûlure d’estomac ou de nausées et vomissements. Ces symptômes peu spécifiques sont souvent confondus avec d’autres maladies.

Augmentation du risque d’un 1,5 fois

Le Dr Romy Ubrich, premier auteur de l’étude, et son équipe ont examiné des données provenant de deux banques de données (ISAR-RISK et ART) portant sur 4’100 participants. Le Dr Ubrich explique les résultats de son étude : « Si nous regardons pendant toute la période de 5 ans après une crise cardiaque, il n’y a pas de grandes différences entre les genres si nous ajustons les données selon l’âge, les maladies associées et le type de traitement. » Le spécialiste allemand poursuit : « Mais nous avons été surpris par les données des 365 premiers jours après la crise cardiaque : pendant cette période les femmes avaient 1,5 fois plus de risque de mourir que les hommes. »

Machisme ? – Dépression

Les raisons expliquant cette différence sont nombreuses. Le Prof. Georg Schmidt du TUM, qui a participé à cette étude (en anglais qualifié de last author), estime que des causes sociétales et physiologiques jouent un rôle important. Le professeur et cardiologue allemand précise : « Dans la vie de tous les jours, les femmes font souvent face à des attentes différentes après une crise cardiaque que les hommes. Elles sont supposées commencer à “fonctionner” plus rapidement, cela signifie qu’elles sont soumises à un stress plus élevé. » Un autre facteur important est la prévalence plus élevée de dépression chez la femme. Cette maladie psychologique semble augmenter le risque de maladies cardiovasculaires.

Soins spéciaux la première année

Même si d’autres études devront être réalisées pour mieux comprendre l’influence de facteurs sociaux et physiologiques sur cette différence entre les hommes et les femmes, il ressort de cette étude allemande qu’une prise en charge spéciale chez la femme pendant les 365 jours après l’événement s’avère important.

Message aux médecins

Pour conclure son communiqué de presse, le Prof. Schmidt transmet un message aux médecins de famille ou généralistes : « Les médecins de famille doivent être très conscients de la situation sociale de ces femmes et essayer de leur amener du soutien. Particulièrement lorsqu’il y a des signes de dépression, les médecins de familles doivent être spécialement alertés. Si ces troubles sont observés, il est important de référer le patient rapidement à des spécialistes pour pouvoir commencer à travailler avec un thérapeute le plus vite possible si nécessaire. »

Cette étude a été publiée le 20 octobre 2017 dans le journal scientifique PLOS ONE.

Le 27 octobre 2017. Par Xavier Gruffat (Pharmacien). Sources : communiqué de presse de l’étude en anglais. Référence DOI de l’étude : 10.1371/journal.pone.0186783
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Informations sur la rédaction de cet article et la date de la dernière modification: 28.10.2017

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