Alcoolisme



L’alcoolisme, aussi appelé alcoolodépendance ou dépendance à l’alcool, est comme son nom l’indique une addiction à l’alcool, plus précisément à l’éthanol qu’on retrouve dans les boissons alcoolisées.


Forme aiguë et chronique

L’alcoolisme est un problème mondial.
L’OMS définit 2 formes d’alcoolisme : l’alcoolisme aigu et l’alcoolisme chronique.

Dans l’alcoolisme aigu, la personne va consommer une quantité très importante d’alcool sur une courte durée. On parle aussi de “binge drinking” ou en français de biture express. Dans cette forme d’alcoolisme, la personne ne comporte la plupart du temps pas de phénomène de dépendance.

Dans l’alcoolisme chronique, la personne présente une dépendance à l’alcool sur une période prolongée. Autrement dit, elle ne peut plus se passer d’alcool sans souffrir de troubles physiques et mentaux.

Alcoolémie

On mesure l’alcoolémie, c’est-à-dire le taux d’alcool dans le sang. Plus on ingère d’alcool et plus l’alcoolémie augmente.

En général, à moins de 0,5 pour mille les effets sur l’organisme sont plutôt légers mais peuvent néanmoins diminuer les capacités visuelles, ce qui peut compliquer par exemple la conduite automobile. De 1,0 à 1,2 pour mille, il s’agit déjà d’ivresse. De 3,0 à 5,0 pour mille, la personne peut se retrouver dans le coma.

Epidémiologie de l’alcoolisme

– En France, l’alcoolisme ferait 49’000 morts par année, selon des estimations citées par Le Figaro le 3 septembre 2016.

– Aux Etats-Unis, l’alcoolisme provoque directement en moyenne 88’000 morts par an à cause de complications comme la pancréatite ou la cirrhose, selon le magazine sur la santé Prevention qui mentionnait ce chiffre en mai 2018.

– En Suisse, une étude de 2010 de l’European Addiction Research estimait qu’environ 250’000 Suisses souffriraient d’une dépendance à l’alcool, cela représente environ 3,9% de la population âgée de plus de 15 ans.

– Dans le monde, l’alcoolisme serait d’une certaine manière à l’origine de presque 6% des cas de décès, selon l’OMS.

Différences entre hommes et femmes 
Comme les femmes ont en moyenne plus de graisse corporelle que les hommes et que la graisse contient peu d’eau, l’alcool se dilue moins dans les liquides de la femme que de l’homme. Il s’en suite que la concentration d’alcool augmente plus rapidement chez la femme que l’homme. Le volume total du sang est aussi en général plus bas chez la femme que chez l’homme. De plus, les femmes ont un niveau plus bas de l’enzyme dehydrogénase, responsable de la dégradation (métabolisme) de l’alcool. Par conséquent, la concentration d’alcool dans le sang des femmes est plus élevé que chez l’homme. Pour toutes ces raisons, les femmes devraient boire une quantité d’alcool inférieure aux hommes.

Effets négatifs de l’alcoolisme à moyen et long terme

Une consommation chronique d’alcool peut mener à différents problèmes pour l’organisme comme:

– Cancer. En particulier le cancer du foie, du pancréas, de la bouche, langue, oesophage, estomac, etc.

– Maladies du foie comme la cirrhose.

Pancréatite.

Hypertension.

– Maladies du système nerveux comme la neuropathie alcoolique.

– Maladies psychiatriques : dépression nerveuse, anxiété, etc.

– Certaines études ont montré que l’alcool pourrait augmenter le risque de souffrir de fibrillation auriculaire.

Traitements à base de médicaments

Certains médicaments sont utilisés contre l’alcoolisme comme le natrexone, le nalméfène, l’acamprosate, le baclofène ou le topiramate. Néanmoins, une méta-analyse ou revue d’études publiée le 20 septembre 2017 dans le journal scientifique Addiction (DOI : 10.1111/add.13974) n’a trouvé aucune preuve fiable de l’efficacité de ces médicaments. Au mieux, certains de ces médicaments montrent une efficacité légère ou moyenne pour lutter contre l’alcoolisme, mais ces résultats favorables proviennent d’études avec un risque élevé de biais (ex. erreurs dans la méthodologie ou analyse des résultats). Cette méta-analyse a pris en compte 32 études en double aveugle randomisée publiées entre 1994 et 2015 incluant 6’036 patients. L’auteur de cette revue d’étude, le Dr Palpacuer de l’Inserm à Rennes en France, n’estime pas dans un communiqué de l’étude que ces traitements sont inefficaces mais il note qu’on ne sait pas encore si ces médicaments sont efficaces. Autrement dit, il manque des études sérieuses concernant l’efficacité de ces médicaments pour lutter contre l’alcoolisme.

Deux études françaises présentées lors du Congrès mondial d’Alcoologie qui s’est tenu début septembre 2016 à Berlin (Allemagne) ont montré une certaine efficacité du baclofène dans la lutte contre l’alcoolisme, en comparaison notamment avec un placebo. En Suisse, il faut savoir qu’en 2016 le baclofène (Lioresal®) n’était pas indiqué officiellement pour soigner des problèmes liés à l’alcool (en anglais on parle d’indication off-label du baclofène lors de dépendance à l’alcool).

Antabus®
En Suisse notamment, l’Antabus® (disulfiram) est parfois prescrit par les médecins chez des personnes dépendantes à l’alcool. Si une personne boit de l’alcool et prend de l’Antabus®, elle va ressentir des effets secondaires très désagréables appelés flush incluant notamment un érythème cutané au niveau du visage, des bouffées de chaleur, des nausées et vomissement, etc.
Par conséquence, ce médicament agit avec un effet dissuasif.

Autres médicaments parfois utilisés pour lutter contre la dépendance à l’alcool, notamment après un sevrage :
– Le Campral® (acamprosate), il s’agit d’un psychotrope. Le but de ce médicament est notamment de maintenir l’abstinence après un sevrage.
– Le Naltrexin® (naltrexone). Ce médicament doit notamment aider à maintenir l’abstinence après un sevrage. Il peut aussi être utilisé en cas de dépendance aux opiacés.
– Le Selincro® (nalméfène). Il s’agit d’un modulateur de différents récepteurs opioïdes. Ce médicament pourrait aider lors de dépendance à l’alcool et pas après un sevrage.

Effets positifs de l’alcool lors d’une consommation modérée

Plusieurs études ont montré qu’une consommation modérée d’alcool (max. 2 verres par jour pour un homme et 1 verre pour une femme) pouvait diminuer le risque d’infarctus du myocarde et d’insuffisance cardiaque.

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Questions fréquentes sur l’alcoolisme

A partir de quelle quantité d’alcool une personne est dépendante à l’alcool (alcoolique) ?
Chez l’homme:
Un homme est considéré comme alcoolique en cas de consommation quotidienne de plus de 2 volumes d’alcool.
Un volume d’alcool se trouve par exemple dans une bière d’environ 300 ml, un verre de vin rouge d’environ 120 ml ou un verre d’alcool fort comme la vodka.

Chez la femme:
Une femme est considérée comme alcoolique en cas de consommation quotidienne de plus d’1 volume d’alcool.
Un volume d’alcool se trouve par exemple dans une bière d’environ 300 ml, un verre de vin rouge d’environ 120 ml ou un verre d’alcool fort comme la vodka.

Est-ce préférable de consommer de la bière au lieu d’alcool fort?
Ce qui compte n’est pas le type de boisson alcoolisée mais la quantité totale d’éthanol consommé.  Autrement dit, une personne peut ingérer moins d’alcool en buvant un petit verre de vodka qu’une personne buvant 10 bières. Dans ce dernier cas, la personne sera beaucoup plus alcoolisée.


Existe-t-il un risque pour la femme enceinte ?
Oui, un risque élevé de malformation de l’enfant à naître notamment. Une règle simple, si vous êtes enceinte ou prévoyez d’être enceinte, ne BUVEZ PAS D’ALCOOL du tout, rien, nada.

Peut-on prévoir si une personne va devenir alcoolique ou non ?
Il s’agit d’une question difficile à répondre. Selon nos informations, en 2018 la médecine est incapable de répondre avec précision à cette question.
Des expériences ont notamment cherché à comprendre pourquoi 2 jumeaux, avec un patrimoine génétique identique, pouvaient suivre un chemin différent. Par exemple un jumeaux devenant alcoolique et l’autre pas.
La génétique semble avoir une certaine difficulté à expliquer l’alcoolisme. Cela dit, une étude publiée dans le journal Science (DOI : 10.1126/science.aao1157) en juin 2018 et réalisée sur des rats a montré une influence des gènes pour une prédisposition à l’alcoolisme.  Les chercheurs ont mis au point une méthode par laquelle les rats apprenaient à obtenir une solution d’alcool en appuyant sur un levier. Afin de mieux saisir comment la dépendance incitait l’animal à choisir l’alcool plutôt que d’autres récompenses, les chercheurs ont offert aux rats une solution de rechange à l’alcool – de l’eau sucrée. Lorsque les animaux ont pu choisir entre l’alcool et l’eau sucrée, la majorité a cessé de faire un effort pour obtenir de l’alcool, et a choisi la solution sucrée à la place. Mais 15% des rats ont continué à choisir l’alcool, même lorsqu’ils pouvaient obtenir une autre récompense. Cette proportion est semblable au pourcentage d’humains ayant une dépendance à l’alcool. Pour étudier le mécanisme derrière les comportements de dépendance chez les rats, les chercheurs ont mesuré l’expression de centaines de gènes dans cinq régions du cerveau. Les différences les plus grandes qu’ils ont trouvées étaient dans l’amygdale, zone importante pour les réactions émotionnelles. Chez les rats qui ont choisi l’alcool plutôt que l’eau sucrée, un gène en particulier a été exprimé à des niveaux beaucoup plus bas.

Ce que les scientifique savent aussi et que plus un jeune commence tôt à boire de l’alcool et plus le risque d’alcoolisme est élevé.

Quel pourcentage de personnes deviennent alcoolique ?
Lorsque des personnes boivent régulièrement de l’alcool, environ 15% deviennent dépendants.

Ressources et pour aller plus loin :
Découvrez un site suisse pour vous aider à lutter contre l’alcoolisme. Stop Alcool

Sources & Références :
Addiction (DOI : 10.1111/add.13974), Folha de S.Paulo, Science (DOI : 10.1126/science.aao1157), Prevention (magazine américain sur la santé). 

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Informations sur la rédaction de cet article et la date de la dernière modification: 28.06.2018