Immunothérapie (cancer)

WASHINGTONL’immunothérapie est la nouvelle percée scientifique dans le traitement du cancer. Cette méthode vient désormais compléter les 3 traitements classiques : la chirurgie, la chimiothérapie et la radiation (rayons) avec l’avantage d’être souvent plus précise tout en présentant moins d’effets secondaires. Néanmoins, pour le moment l’immunothérapie ne fonctionne pas chez tous les patients. Pour certains médicaments issus de l’immunothérapie, ces derniers fonctionnent seulement chez 20 à 30% des patients. Tour d’horizon de l’immunothérapie sous forme de questions et réponses.


Quel est le principe de l’immunothérapie ?

Le système immunitaire est le système de défense de l’organisme capable de faire face à des agresseurs comme les virus ou les bactéries. Le corps met au point une attaque grâce notamment aux globules blancs (cellules T ou lymphocytes par exemple) et aux anticorps pour détruire ou neutraliser ces agents externes. En cas de cancer, il s’agit théoriquement d’une attaque interne. Cela signifie que l’organisme est presque incapable de reconnaître les cellules cancéreuses comme une menace. Les molécules qu’on trouve sur des cellules cancéreuses sont souvent les mêmes que celles sur des cellules normales, autrement dit le système immunitaire est incapable de les identifier comme un danger.
Le concept de l’immunothérapie est d’arriver à « reprogrammer » le système immunitaire pour qu’il considère les cellules cancéreuses comme une menace et les détruisent, c’est-à-dire utiliser le système immunitaire comme une thérapie, d’où le nom immunothérapie.
Comme on le verra ci-dessous, certaines molécules sont capables d’activer le système immunitaire étant ensuite capable d’attaquer les cellules cancéreuses.

L’immunothérapie est souvent utilisée avec d’autres traitements comme la chimiothérapie.

Vaccination, une forme d’immunothérapie
Pour certains spécialistes, la vaccination est une forme d’immunothérapie. En effet, lors d’une vaccination on injecte une très faible dose de l’agresseur (ex. virus ou bactérie) pour « programmer » le système immunitaire à réagir en produisant en particulier des anticorps pour neutraliser l’agresseur en cas de nouvelle attaque.
Il ne faut pas aussi oublier que certains cancers sont provoqués par des virus comme c’est le cas dans le cancer du col de l’utérus. Il existe depuis 2006 un vaccin (vaccin HPV) disponible sur le marché qui permet de prévenir ce cancer.
L’immunothérapie est un terme aussi utilisé en français dans le traitement de l’allergie, mais selon nos informations le concept est un peu différent.

Immunothérapie par injection de bactéries
L’immunothérapie peut aussi reposer sur l’injection de bactéries comme les salmonelles. Dans une expérience publiée en février 2017 dans la revue spécialisée Science Translational Medicine et réalisée sur des souris, une équipe internationale de chercheurs de Corée du Sud, Chine et Etats-Unis a réussi à injecter des salmonelles génétiquement modifiées dans des cellules cancéreuses. On sait que les salmonelles (Salmonella) sont capables de survivre avec peu d’oxygène, comme c’est le cas dans les cellules cancéreuses solides. Néanmoins lorsque les salmonelles étaient injectées sans modification génétique, le système immunitaire n’était que peu activé. C’est pourquoi les scientifiques ont eu l’idée de modifier génétiquement des salmonelles (Salmonella typhimurium) pour qu’elles produisent une protéine ayant la forme d’une flagelle appelée FlaB, à l’origine produite par la bactérie Vibrio vulnificus. Cette protéine a la capacité d’attirer des macrophages et neutrophiles, des globules blancs du système immunitaire. Ces globules blancs ont ensuite été capables de détruire les cellules cancéreuses. Pour 11 souris sur 20, la taille des tumeurs est devenue indétectable. L’action a été observée chez les souris dans plusieurs types de cancers comme celui du poumon, sain, cerveau, col de l’utérus ou mélanome.
Concept du “cheval de Troie”
Cette méthode a un concept qui ressemble à l’histoire du “cheval de Troie”. Dans ce cas la salmonelle agit comme le cheval et les gènes du Vibrio vulnificus comme les troupes militaires grecques cachées dans le cheval. Les macrophages et neutrophiles représentent eux le reste de l’armée grecque. Car dans l’histoire du “cheval de Troie”, une fois le cheval entré dans la ville ennemie Troie, la partie des troupes à l’intérieur du cheval a ouvert les portes au reste de l’armée se trouvant en dehors de la ville de Troie.

Existe-t-il déjà sur le marché des médicaments fonctionnant sur le concept de l’immunothérapie ?

Oui. Il existe différentes familles de médicaments. Les médicaments de l’immunothérapie les plus utilisés pour le moment sont appelés inhibiteurs checkpoints ou des points de contrôle (en anglais : checkpoint inhibitors). Fin 2016, l’agence américaine des médicaments FDA avait enregistré 4 médicaments de cette famille, tous pris par voie intraveineuse. Il s’agit de l’ipilimumab (nom commercial Yervoy®), nivolumab (nom commercial Opdivo®), pembrolizumab (nom commercial Keytruda®) et atezolizumab (nom commercial Tecentriq®). Ces médicaments sont indiqués pour certains cancers bien particuliers comme lors du lymphome de Hodgkin ou certaines formes de cancer du poumon, du rein ou de la vessie. Autrement dit, ces médicaments ne sont pas indiqués pour le moment pour tous les types (ou sous-types) de cancer.
Au niveau biochimique, ces molécules qui sont des anticorps permettent aux cellules T ou lymphocytes (cellules d’attaques du système immunitaire) de détruire les cellules cancéreuses.
Actuellement ces médicaments (checkpoint inhibitors) fonctionnent chez seulement environ 20 à 30% des patients, les scientifiques ne savent pas vraiment pourquoi ces médicaments n’agissent pas chez davantage de patients. On sait toutefois que ces médicaments agissent particulièrement bien ou mieux lors de certains cancers qui présentent beaucoup de mutations comme c’est le cas lors du mélanome (un cancer de la peau agressif) par exemple.

D’autres thérapies reposant sur l’immunothérapie sont développées actuellement par les chercheurs comme le CAR T-Cell (en anglais Chimeric Antigen Receptor T-Cell), une méthode de génie génétique.

Pourquoi ce traitement est considéré comme révolutionnaire ?

En cas de cancer, la formation de métastases est à juste titre fortement redoutée par le patient et le personnel soignant. Ce stade avancé du cancer mène dans un nombre très élevé de cas à la mort du patient dans les mois qui suivent. Dans une étude dite de follow-up réalisée sur une longue période impliquant 5’000 patients souffrant d’un mélanome formant des métastases, 20% des patients qui ont suivi un traitement avec l’ipilimumab ont survécu pendant 3 ans et certains ont même vécu pendant 5 à 10 ans. Il faut savoir qu’aux Etats-Unis le taux de survie médian d’un mélanome formant des métastases est de 11 mois.

En comparaison avec les traitements classiques, quels sont les avantages ?

Comme on l’a vu, l’immunothérapie ne fonctionne pour le moment que chez une minorité des patients. Mais un avantage de l’immunothérapie est qu’il y a souvent moins d’effets secondaires que les traitements classiques comme les radiations ou la chimiothérapie. Mais attention, une partie des patients (certaines sources parlent de 20%) peuvent aussi souffrir d’effets secondaires potentiellement graves, parfois mortels. Il semble que ces effets indésirables soient souvent réversibles si détectés de façon précoce.

De plus, l’immunothérapie prévient plus facilement les rechutes vu qu’il s’agit un peu du même principe qu’un vaccin, c’est-à-dire qu’une « reprogrammation » du système immunitaire est mise en place, qui dure théoriquement de nombreuses années voire à vie.


Qui développe et met au point ces médicaments de l’immunothérapie ?

En grande partie, il s’agit de la très puissante industrie pharmaceutique (plus de 800 milliards de dollars de chiffre d’affaires par année dans le monde) qui finance la recherche. Fin 2016, on estimait qu’il y avait plus de 1’500 molécules de l’immunothérapie développées et étudiées par l’industrie (dans le pipeline comme on dit dans la jargon pharmaceutique) et pour certaines bientôt prêtes à être commercialisées.

Combien coûtent ces traitements ?

Un bémol toutefois est le prix souvent très élevé de ces traitements. Aux Etats-Unis, un traitement à base d’ipilimumab coûtait en 2016 la somme de $120’000 pour 3 mois de traitement (au total 4 doses par voie intraveineuse) lors de mélanome. Même dans un pays considéré comme à haut revenu comme les Etats-Unis, il peut être difficile pour certains patients de se procurer ces médicaments à cause d’un système de co-payement (participation aux coûts du médicament avec l’assureur, en anglais co-pay). Dans d’autres pays comme la France ou le Brésil avec un système de santé dit universel, les autorités sanitaires responsables du remboursement peuvent prendre un certain temps avant de rembourser entièrement de tels traitements, surtout s’ils fonctionnent seulement chez 20% des patients.
Le remboursement de ces médicaments (le problème est plus ou moins le même avec de récents médicaments contre l’hépatite C) est un autre défi de taille. On peut bien sûr imaginer que des personnes atteintes du cancer se passeraient bien de telles polémiques mercantiles.

Article mis à jour le 12 février 2017. Par Xavier Gruffat (Pharmacien Dipl. EPF Zurich). Sources (références) : Journal of Leukocyte Biology, Prevention, notre article sur le cancer de la peau, Folha de S.Paulo. Crédits photos : Fotolia.com

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Informations sur la rédaction de cet article et la date de la dernière modification: 12.02.2017

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