Pourquoi est-il si difficile de retirer toutes les cellules cancéreuses lors d’une chirurgie et comment améliorer la situation ?

cancer du sein résuméSAN FRANCISCOA l’occasion du plus grand congrès mondial d’oncologie (ASCO) qui s’est tenu à Chicago du 2 au 6 juin 2017, de nombreuses études ont été publiées sur le cancer en ce début juin. Sans lien direct avec ce congrès mais dans l’air du temps, la radio publique américaine NPR a interrogé le Prof. Phil Low, grand spécialiste du cancer et directeur de l’institution Purdue Center for Drug Discovery dans l’état de l’Indiana, sur la difficulté qu’ont les chirurgiens à retirer toutes les cellules cancéreuses pendant une opération. Il explique également ses dernières recherches pour améliorer l’efficacité de la chirurgie grâce à des agents chimiques ciblant fluorescents. Creapharma résume pour vous cette interview pleine d’espoir et très intéressante.


Difficulté de retirer toutes les cellules cancéreuses lors de chirurgie

Avec la chimiothérapie, les traitements médicamenteux comme l’immunothérapie et les rayons, la chirurgie est l’une des 4 méthodes principales dans la lutte contre le cancer. Le but de la chirurgie est de retirer toutes les cellules cancéreuses de l’organisme, malheureusement ce n’est pas toujours possible. Une raison est le manque de visibilité des cellules tumorales. En effet, ces dernières sont souvent identiques dans leur forme, couleur ou structure aux cellules saines. L’exercice pour le chirurgien est encore plus difficile lorsque la masse tumorale s’est répandue à d’autres organes, c’est-à-dire lors de métastases. Les cellules peuvent aussi « se cacher » dans différents organes ou régions du corps. Si ces cellules ne sont pas totalement enlevées de l’organisme, une rechute est possible.

Cancer du sein

cancer seinPar exemple lors d’une opération  pour enlever une tumeur du sein, le taux de rechute est d’environ 40% aux Etats-Unis. Cela signifie que dans 40% des cas, le chirurgien n’a pas réussi à retirer toutes les cellules cancéreuses pendant l’opération. Les causes de cette rechute peuvent concerner des tissus cancéreux restés dans l’organisme mesurant seulement 1 mm de diamètre, ce qui est presque impossible pour le chirurgien de les identifier à l’oeil nu. Le cancer de l’ovaire est un autre cancer avec un nombre significatif de rechutes après une opération.

Illuminer les cellules cancéreuses

Pour faire face à ce problème, le professeur de chimie Phil Low et ses équipes ont développé une méthode permettant de rendre fluorescent les cellules cancéreuses et par conséquent de mieux les identifier. Remarquons que ce n’est pas la seule équipe de scientifiques qui travaille sur ce domaine (lire aussi dernier paragraphe ci-dessous). Même si les cellules saines et cancéreuses ont souvent la même forme, couleur ou consistance, il existe des différences au niveau moléculaire. Cela signifie que certaines protéines sont par exemple exprimées ou fonctionnelles dans les cellules cancéreuses mais pas dans les saines. Le Prof. Low a donc développé un système chimique de fluorescence venant se fixer sur les protéines des cellules cancéreuses. Pour schématiser, c’est un peu comme si les cellules cancéreuses avaient une serrure différente des autres cellules. Les scientifiques américains ont donc créé une clé avec un porte clé relié à une lampe (fluorescente). Cela permet au chirurgien de mieux visualiser ces cellules « illuminées » et de les retirer pendant l’opération, même celles cachées. L’opération peut être invasive ou non invasive, comme par exemple grâce à une endoscopie. Pour le moment les chirurgiens arrivent visualiser ces cellules fluorescentes à une distance d’environ 2 cm à l’intérieur des tissus, parfois jusqu’à 4 cm.


Plus de 60% des cellules cancéreuses sont sensibles à un agent fluorescent ciblant. En utilisant plusieurs agents différents (par ex. 4), ce chiffre monte à environ 95% permettant d’identifier la majorité des cellules tumorales. Il faut savoir que chaque cancer est différent, y compris dans son propre organisme. Par exemple une tumeur du sein peut être très différente d’une tumeur du foie en terme moléculaire et physiologique.

Les travaux du Prof. Low  devraient révolutionner la chirurgie du cancer ces prochaines années en aidant les spécialistes à mieux “nettoyer” l’organisme du maximum de cellules cancéreuses. Le professeur prédit que d’ici 10 ans, les chirurgiens ne pourront plus se passer de cette méthode de visualisation.

Autre étude, enzyme ciblée (heparanase)

Sans lien (selon nos informations) avec les travaux du Prof. Low, des chercheurs anglais et hollandais viennent de publier une étude début juin 2017 sur l’utilisation de la fluorescence pour identifier les actions d’enzymes clés du cancer. Une enzyme, qui est une protéine, étudiée était notamment l’heparanase qui joue un rôle fondamental dans le développement et les métastases lors de cancers chez l’humain. Grâce à leur méthode, il est possible de détecter l’activité de cette enzyme dans des cellules saines ou cancéreuses. Les scientifiques des Universités de York (Royaume-Uni) et de Leiden (Pays-Bas) espèrent que leurs découvertes aideront au développement de nouveaux médicaments. Leurs travaux ont été publiés début juin 2017 dans la revue scientifique Nature Chemical Biology.

Le 9 juin 2017. Sources : Emission Tech Nation de la radio publique américaine NPR. Ceux qui parlent anglais peuvent aussi écouter le Podcast
– Communiqué de presse de l’étude anglo-hollandaise.
Crédits photos : Fotolia.com

STATISTIQUES
Dans le tableau ci-dessous (mis à jour début juin 2017), découvrez des statistiques sur le cancer aux Etats-Unis avec notamment les taux de survie du cancer à 5 ans et 10 ans (sources : American Cancer Society, Cancer.net).

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Informations sur la rédaction de cet article et la date de la dernière modification: 09.06.2017

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